Jeunes et passionnés de concours (2/2)« Une histoire de transmission », racontent Julien et Hugo, comme pour une ferme

| par | Terre-net Média

Comme Clara et Amandine l'ont expliqué la semaine dernière, les concours animaux procurent adrénaline, émotion, fierté. Surtout quand une vache, comme celle de Julien, rafle plusieurs prix et se distingue au niveau européen. Alors ils ne sont pas du tout démodés comme certains le pensent : ils sont l'occasion de belles rencontres et de moments conviviaux entre éleveurs, de tout âge, rappelle Hugo. Un échange d'expériences bénéfiques aux uns comme aux autres.

[Témoignage 3] : Julien Toulze, 23 ans (Paulhac, Cantal), race Prim'holstein et Jersiaise :

julien toulze jeune eleveur du cantal passionne de concours animaux race holstein Des prix aux concours, la récompense d'un « travail minutieux sur la génétique » ! (©Semaine de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine) 

« Défier les plus grandes vaches d'Europe »

Retrouvez le témoignage de Clara Lasternas, et celui d'Amandine Berguer : Jeunes et passionnés de concours (1/2) − « Montrer aux gens que les éleveurs aiment leurs bêtes ! »

Comme Clara Lasternas (l'une des deux jeunes femmes ayant partagé sa passion pour les concours bovins la semaine dernière sur Web-agri), Julien Toulze accompagne ses parents sur le ring depuis qu'il est tout petit pour des présentations d'abord, puis des compétitions : départementales, régionales ensuite, avant de se rendre au Salon de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux, puis au Salon international de l'agriculture à Paris. Au Sia 2017, l'une des vaches du troupeau (60 VL conduites en bio), Ehajevea, est arrivée en haut du podium en première lactation (section 66F1B) et a été primée championne réserve espoir. Deux ans plus tard, elle a été sacrée grande championne à Aquitanima (femelles de 5 ans, 3e lactation) après s'être classée à la 3e place de sa section à la Confrontation européenne holstein deux mois plus tôt.

Le Salon de l'agriculture en 2017, Aquitanima et la Confrontation holstein en 2019 : Ehajevea collectionne les médailles...

Julien l'avait aussi amenée à Swiss expo en janvier. « Ehajevea est désormais connue en Europe », se réjouit Julien qui rêvait de « se faire une place et un nom sur la scène internationale et de défier les plus grandes vaches européennes ». La récompense d'un « travail minutieux sur la génétique », intégrant des « taureaux de plusieurs origines ». Qu'ils soient locaux, nationaux ou européens, Julien retrouve à chaque concours sa « bande de copains » et la même convivialité. « En plus du plaisir de concourir, je passe de bons moments et fais de belles rencontres, confirme le jeune homme. Le reste de l'année, les éleveurs travaillent beaucoup et quittent rarement leur exploitation alors ça fait du bien de voir d'autres collègues et d'échanger sur nos pratiques respectives. On apprend plein de choses ! »

On apprend plein de choses !

C'est pourquoi les concours animaux, annulés à cause du Covid-19, lui manquent. Un sentiment qu'éprouvent aussi Clara, Amandine (la seconde jeune femme ayant témoigné dans l'article Jeunes et passionnés de concours (1/2) − « Montrer aux gens que les éleveurs aiment leurs bêtes ! ») et Hugo (voir son témoignage ci-dessous). Tous espèrent pouvoir présenter des animaux, au mieux au Sommet de l'élevage, ou sinon au Salon de l'agriculture 2021. Au-delà de l'adrénaline et de l'ambiance, il y n'aura pas non plus cette année les retombées économiques habituelles. « Le public, les producteurs et les filières ont besoin de ces concours ! », rappellent-ils.

Le Gaec de la Grange-Sabot (Allier) s'inquiète également de l'annulation des concours animaux avec la pandémie de coronavirus : « Sans les concours, on perd de la plus-value sur les bêtes grasses »

Ces jeunes ou futurs éleveurs souhaitent que cette crise sanitaire ait « redoré le blason de l'agriculture française, resserré les liens entre les agriculteurs et leurs concitoyens, et que ces derniers continueront à consommer français par la suite ». « Est-ce que leur intérêt pour les produits locaux et la vente directe va perdurer ? », se demande toutefois Julien pour qui cela ne semble pas complètement gagné.

Des concours annulés à cause du Covid-19, d'où des retombées économiques moindres pour les éleveurs.

[Témoignage 4] : Hugo Basta, 24 ans (Arzacq-Arraziguet, Pyrénées-Atlantiques), race Blonde d'Aquitaine :

hugo jeune eleveur de pyrenees atlantiques passionne de concours animaux race blonde d aquitaineDans les concours, les jeunes apportent leur sens de la communication, les anciens leur expérience de la génétique. (©Semaine de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine)

« Un pied à l'étrier grâce au Trophée national des lycées agricoles »

S'il suit son père dans les concours départementaux, régionaux et nationaux de la race blonde d'Aquitaine, Hugo Basta a surtout été sélectionné deux fois pour le Trophée national des lycées agricoles (TNLA) du Salon de l'agriculture de Paris : en 2013, alors élève en Terminale Bac pro à Orthez, il participe à la finale du concours de jugement des animaux par les jeunes (CJAJ, épreuve de pointage) et en 2015, étudiant en BTS Acse dans le même établissement, il remporte avec son équipe la médaille d'or dans la catégorie allaitante avec Folies, une Blonde d'Aquitaine de l'élevage de l'école. « Une super expérience, sur le plan technique et humain, qui permet de mettre le pied à l'étrier », s'exclame-t-il.

« Ces concours "élèves" sont assez différents de ceux des races. Ils sont plus axés sur le travail autour des bêtes et les critères techniques, comme l'intervalle vêlage-vêlage ou la productivité numérique, que sur la génétique et les performances de croissance. Un moyen de mettre en avant ces paramètres et de montrer comment les éleveurs peuvent influer dessus pour améliorer leur élevage, tout en restant dans une logique de production extensive. » Au TNLA, il y a aussi une partie "communication", qu'Hugo a particulièrement appréciée. Pour lui, et également Julien Toulze, Clara Lasternas et Amandine Berguer, « communiquer fait partie du métier d'agriculteur ».

Valoriser les critères techniques plus que génétiques.

Selon ces jeunes, quoi de plus normal en effet que « d'expliquer ce qu'on vend et comment on le produit » ! Ils le font même « avec plaisir » même si ce n'est pas toujours facile « d'employer les bons mots pour des gens qui savent à peine ce qu'est une vache », voire parfois «  de rester calmes » face à certains clichés ou critiques. Ils sont aussi actifs sur les réseaux sociaux, où ils postent des photos, vidéos et informations de leur quotidien auprès des animaux, « pour montrer la réalité du métier d'éleveur ». Si pour les uns, cela ne représente pas « une charge de travail supplémentaire », c'en est une pour les autres même s'ils sont convaincus de l'importance de ces démarches. 

Le saviez-vous ?

Avec d'autres lycéens du LEGTA de Vaseix à Limoges, Clara Lasternas a réalisé une vidéo pour promouvoir le métier d'éleveur, dans le cadre d'un projet pédagogique dans le domaine de la communication. Repérée par un député de cette région, cette dernière a été diffusée à l'Assemblée nationale où elle a été très appréciée. Et au Salon de l'agriculture suivant, les jeunes ont été invités par l'institution. 

« Une fierté » d'avoir réussi à sensibiliser des responsables politiques aux joies (amour des animaux, produits de qualité) et aux difficultés de l'élevage (problèmes financiers, suicides). Un film émouvant, tout en simplicité, avec juste quelques mots éloquents qui se révèlent plus percutants que de long discours. Pas étonnant qu'il ait fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Aujourd'hui, Hugo « attend impatiemment mon (son) tour pour s'installer sur la ferme familiale », que son frère a rejointe il y a trois ans. Après l'obtention en 2018 d'une licence technico-commerciale, il a travaillé chez Bovins Croissance afin de parfaire ses connaissances zootechniques et est désormais commercial pour l'entreprise d'alimentation animale minérale Somac. « Mon père me proposait d'aller aux vaches avec lui, sans jamais me forcer, et m'a laissé faire ce que je voulais comme étude et métier, tout en me faisant partager sa passion de l'élevage. » Apprendre à aimer sans imposer, c'est peut-être ça le secret d'une transmission père-fils réussie !

Apprendre à aimer, sans imposer.

D'ailleurs, les concours sont aussi une histoire de transmission entre l'ancienne génération et la nouvelle qui vient profiter de son expérience pour prendre la relève, dans la compétition et plus généralement dans l'élevage ! Et réciproquement, les jeunes apportent du sang neuf et une autre vision des choses. Ils sont plus au fait de la communication, les anciens ayant réalisé tout le travail génétique. Plutôt que d'être "une affaire de vieux", les concours permettent un « mélange générationnel », selon Hugo, où les méthodes de travail peuvent se confronter mais où tout le monde se retrouve autour d'une même passion.

À propos de la transmission, regarder : « La transmission, une histoire humaine avant tout »


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