La production laitière, ils y croient !JB Maillier troque son costume de banquier pour celui d'éleveur à côté de Paris

| par | Terre-net Média

Encore banquier cet été, Jean-Baptiste Maillier a sauté le pas : devenir éleveur laitier aux portes de Paris et de la Beauce.

Jean-Baptiste Maillier Earl de l'Opton installation production laitièreJean-Baptiste Maillier a fait construire un nouveau bâtiment avec robots de traite pour augmenter la taille de son troupeau de Normandes. (©Terre-net Média)

Encore banquier cet été, Jean-Baptiste Maillier a décidé de changer de métier et d’investir dans la ferme laitière familiale située entre l’Eure-et-Loir et les Yvelines, une région où les vaches laitières ne courent pas les prés. Ce jeune homme de 28 ans a choisi de s’installer seul dans la ferme familiale de 85 vaches laitières et 135 ha. « J’ai toujours voulu reprendre l’exploitation, mais je ne souhaitais pas travailler avec mes parents. Je suis arrivé sur la ferme en août 2013 et mes parents ont pris leur retraite en octobre au moment où les vaches ont déménagé dans le nouveau bâtiment, équipé de deux robots de traite. »

En 1981, la commune de Boutigny comptait 22 producteurs de lait. Aujourd’hui, la première ferme laitière est à 35 km ! « J’ai l’avantage de pouvoir m’agrandir mais l’inconvénient est d’être isolé. Ici l’entraide entre éleveurs, ça n’existe pas. Et le risque d’un tel isolement, c’est de ne plus être collecté par Sodiaal. Je suis nettement plus serein depuis que la marque Andros a construit une usine en Eure-et-Loir. Celle-ci a besoin de lait et ma ferme est sur leur route. »

Nouveau batiment de 117 places

Après des études d’ingénieur agricole à l’Esitpa de Rouen, Jean-Baptiste passe deux ans au Crédit Mutuel d’Ile-de-France, en tant que responsable de l’agriculture pour l’Essonne. « Durant ma formation, j’ai choisi mes stages en songeant à la reprise de l’élevage, comme au service Recherche & développement de Sanders car mes vaches sont nourries en ration sèche. Puis au Crédit Mutuel, ce qui m’a permis de mieux connaître l’envers du décor et les démarches administratives. J’avais déjà assisté aux commissions d’installation en tant que banquier. Néanmoins, la transition du costume-cravate à la cotte fut assez radicale ! »

Jean-Baptiste s’installe en moins d’une année, tout en construisant un nouveau bâtiment de 117 places avec deux robots de traite Lely. « J’ai passé une année de folie : entre la construction du bâtiment, mon travail à la banque durant la journée, les papiers pour l’installation le soir et mon fils d’un an. Je vous assure que les nuits étaient courtes ! »

Passer de 4 à 2 personnes avec 30 vaches en plus

Ses parents travaillaient en couple avec un vacher et un chauffeur dans des bâtiments peu fonctionnels. « C’est très difficile de trouver des salariés motivés pour s’occuper des vaches et qui restent longtemps sur l'exploitation. Au départ du vacher, j’ai proposé au salarié chauffeur de soigner le troupeau avec moi. Il a accepté mais ne souhaitait pas traire. » Jean-Baptiste a donc décidé de robotiser la traite en augmentant le cheptel de 85 à 120 vaches pour optimiser les robots, et de confier la gestion des 80 ha de Scop à un voisin céréalier, payé à façon. 

« J’aurais pu choisir d’arrêter les vaches et de labourer les prairies pour faire des céréales, mais mes parents et mon grand-père, qui a créé le troupeau après-guerre, m’ont transmis la passion des animaux. Bien sûr, l’élevage c’est contraignant et je tire un trait sur une partie de mon salaire de banquier, mes vacances et autres Rtt. Si j’ai fait le choix de devenir agriculteur, c’est avant tout pour être mon propre patron et pour voir grandir mes enfants dans un milieu équilibrant, raconte le jeune papa. Cela reste un gros engagement, car on n’investit pas 800.000 € dans un bâtiment pour arrêter le métier au bout de quatre ou cinq ans. Devenir éleveur, c'est aussi une décision qui se prend en couple », ajoute Jean-Baptiste.

Violaine, son épouse ne connaissait pas le milieu agricole. « J’avais quelques appréhensions sur l’installation, mais je lui ai fait confiance, explique-t-elle. Nous avons acheté la maison des parents de Jean-Baptiste. C'est un cadre de vie agréable comparé à la banlieue parisienne, même s'il faut encore que je m'habitue un peu à l'odeur des vaches ! »

Confiant pour les 10 ans à venir

Avant de s’installer, Jean-Baptiste a réalisé une étude économique approfondie et a lui-même fait le Plan de développement économique (Pde) nécessaire à l’installation aidée. Il a obtenu 15.000 € de Dja, dotation plafonnée à 18.000 euros. « Au total, j’ai réussi à avoir 38.000 € de subventions (dont Conseil général, Msa, Feader,…), soit 5 % de l’investissement global. Il ne faut pas avoir peur d’aller sonner à toutes les portes et d’insister, cela peut valoir le coup. Néanmoins, pour les jeunes qui ne sont pas trop à l’aise avec les démarches administratives, le parcours d’installation reste assez compliqué et semé d’aberrations législatives en tout genre. »

« Cette année, je bosse beaucoup et c’est difficile de savoir quel revenu je pourrai prélever à la fin de l’exercice. Si le prix du lait se maintient autour de 350 €, je devrais rester dans mes prévisions. Globalement, je suis assez confiant pour l’avenir. Il y a de moins en moins de producteurs laitiers et nous aurons toujours autant "soif de lait". Les fondamentaux du marché sont là, j’ai bon espoir pour les dix prochaines années. »

Bâtiment vaches laitières normandesPas d'ensilage pour ces Normandes : la ration sèche permet de gagner du temps et d'éviter les chantiers d'ensilage, qui nécessitent du matériel et de l'entraide entre éleveurs.  (©Terre-net Média)

Installation en élevage laitierPour accéder aux autres reportages de la série spéciale "La production laitière, ils y croient", cliquez sur la photo. (©Terre-net Média)


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DÉJÀ 2 RÉACTIONS


phil 27
Il y a 1866 jours
Bravo à tous et surtout à toi JB que je connais .super exemple qui me fait chaud au coeur et que je felicite , vive l'esprit d'entreprendre , et bravo à tous ces jeunes qui en veulent !!

Philippe lejeanne
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Maidch
Il y a 307 jours
Bravo mon cousin
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