En FranceGreenpeace fait son mea culpa sur l'élevage bovin

| AFP

Greenpeace fait son mea culpa en admettant que les fermes de 1 000 vaches ne sont « pas représentatives » de l'élevage bovin en France, et dénonce le rôle des pouvoirs publics dans l'industrialisation de l'élevage de volailles et de porcs, surtout en Bretagne et dans les Pays-de-Loire.

Après un premier rapport choc mais inexact en 2018 qui avait obligé l'ONG à présenter des excuses aux agriculteurs et agricultrices ayant fait l'objet d'une délation nominative, et à retirer une carte interactive de « fermes-usines », Greenpeace pointe, dans un rapport publié mercredi, le rôle de l'État dans une « industrialisation encouragée et non contrôlée » de l'élevage en France. D'abord le constat : « la tendance à l'industrialisation s'accentue », surtout dans les filières volaille et porcine, dans le grand ouest, en Bretagne et dans les Pays-de-Loire, a indiqué à l'AFP Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace.

Selon elle, 1 % de l'ensemble des exploitations agricoles françaises produisent les deux tiers des porcs, poulets et œufs français. « La filière des poules pondeuses est en tête du classement en matière d'industrialisation », précise le rapport. Dans le détail, 12 % des exploitations de poules pondeuses produisent 70 % des poules, et 13,8 % des exploitations porcines produisent 64 % des porcins français.

À elle seule, la Bretagne regroupe près de la moitié des installations soumises à autorisation au nom de la protection de l'environnement (IPCE), et les Pays de la Loire, environ 20 %. Les installations classées pour la protection de l'environnement (IPCE) sont celles qui ont plus de 750 emplacements pour les truies, plus de 2 000 pour les porcs de plus de 30 kg, plus de 40 000 pour les volailles, plus de 400 pour les vaches laitières ou plus de 800 pour les veaux de boucherie ou bovins à l'engraissement.

L'ONG demande un moratoire sur l'installation et l'extension de ces élevages, et surtout un meilleur contrôle de ceux existants. Elle s'inquiète du « détricotage » de la réglementation via des régimes d'autorisation moins contraignants, et d'un « renoncement » de l'État en matière de contrôles environnementaux sur place.

« Ouvrir un débat » 

Mis en cause, les responsables des filières avicoles et porcines ont réagi en mettant en valeur le modèle « familial » selon eux de l'élevage français face à ses concurrents sur les marchés mondiaux, alors que les Français consomment de plus en plus de viande importée à bas coûts. « La surface des élevages de volailles en France est comprise entre 2 000 et 2 500 mètres carrés en moyenne, alors que la moyenne européenne est comprise entre 3 500 et 4 000 m2, quand ce n'est pas 80 000 m2 en Ukraine ! », a déclaré à l'AFP Jean-Michel Schaeffer, président de l'interprofession des volailles de chair (Anvol) et éleveur de poulets Label rouge IGP Alsace.

« Ce n'est pas parce qu'on est soumis à autorisation qu'on est automatiquement un pseudo-industriel, au contraire, on est alors beaucoup plus encadré sur le plan environnemental », a-t-il ajouté, tout en reconnaissant que la surface moyenne des élevages de volailles en France est « en augmentation ».

Même réponse du côté porcin : « En France, on est dans un modèle de capitaux familiaux très en dessous de ce qui se passe aux  États-Unis, au Brésil ou même en Espagne, (des pays) qui développent des systèmes intégrés », a dit à l'AFP Gérard Viel, vice-président du conseil spécialisé « viandes blanches » de FranceAgriMer. « Nous ne sommes pas dans un modèle industriel, mais au contraire familial, avec un lien au sol et des avancées importantes sur plusieurs dossiers sensibles du bien-être animal ».

En matière bovine, Greenpeace a admis que le modèle des fermes de 1 000 vaches décrié par les associations environnementales n'est « pas du tout » représentatif de « l'état de l'élevage bovin en France ». Mais il pourrait devenir « une forme de norme » ailleurs en Europe, en particulier « aux Pays-Bas », souligne l'ONG qui s'inquiète aussi d'un projet de construction d'une usine « de plus de 23 000 vaches laitières » en Espagne, qui en ferait une des plus grandes d'Europe. « Nous ne sommes absolument pas abolitionnistes de l'élevage, et nous reconnaissons qu'une agriculture sans élevage ne peut pas être écologique », a assuré Suzanne Dalle: « Ce que nous visons, c'est la spécialisation des territoires et la concentration, et nous souhaitons ouvrir un débat sur l'avenir de l'élevage en France ».


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