Film Jeune BergèreUn documentaire sur les joies et les peines de l'installation

| par | Terre-net Média

À 30 ans, Stéphanie, graphiste à Paris, décide de tout quitter pour élever des moutons dans les prés salés du Cotentin. Jeune Bergère, premier film documentaire de Delphine Détrie, raconte son histoire, entre le bonheur que lui apportent son nouveau cadre de vie et son nouveau métier, les déceptions liées aux difficultés administratives et financières qu'elle rencontre, et l'hostilité de ses voisins agriculteurs qui ne voient pas d'un bon ½il l'arrivée de cette citadine dans leur campagne.

affiche film jeune bergereStéphanie Maubé ne recule devant aucun obstacle pour mener à bien son projet : élever des moutons de pré salé dans le Cotentin. (©KMBO Production) 

Les jeunes agriculteurs sont source d'inspiration en ce moment. Héros de deux livres sortis en novembre dernier, Le tour de France des jeunes talents de l'agriculture de Christophe et Sylvie Dequidt et Dans la tête d'un jeune agriculteur de Rémi Mer, ils tiennent aussi la vedette sur grand écran depuis le 27 février. Ou plutôt, l'une d'entre eux, Stéphanie Maubé, la trentaine, éleveuse de moutons bio en Normandie. À l'affiche du premier long-métrage documentaire de Julie Détrie, Jeune Bergère(1), cette graphiste parisienne, mère célibataire, a troqué il y a six ans « le métro et son bureau gris », comme elle l'explique dans la bande annonce, pour vivre près de la nature dans les grands espaces. En totale liberté, comme ses 180 bêtes dans les prés salés du Cotentin, une région où elle ne connaît personne et qu'elle a découvert par hasard. Un vrai déclic. « J'ai su que c'était là que je voulais être alors qu'avant, l'élevage ovin ne m'avait jamais fait rêver », reconnaît-elle.

Si j'ai eu envie de faire ce film, c'est parce que Stéphanie est quelqu'un de passionné, qui se bat pour être libre et faire ce qu'elle aime. Sans le savoir, elle nous interroge sur l'usage que nous faisons, nous-mêmes, de notre propre liberté.
Julie Détrie, la réalisatrice.

« Plus de chef, ni de directeur pour me dire quoi faire. C'est moi qui prends mes décisions, je suis complètement indépendante », poursuit la jeune femme. Une liberté qui, comme le contact avec les animaux et la diversité du travail d'une journée à l'autre, lui apporte de nombreuses joies mais également des peines. Elle, qui rêvait d'une vie simple, s'est heurtée à la complexité administrative tout au long de son parcours à l'installation, comme beaucoup de jeunes non issus du milieu agricole, puis aux incohérences de la politique agricole commune.

MALGRÉ TOUT, La JEUNE FEMME GARDE ESPOIR... 

Très vite, l'éleveuse connaît des difficultés financières. « Mes parents n'étaient pas fermiers et personne ne m'a légué de ferme, de prairie ou de troupeau. J'ai dû emprunter de l'argent pour tout acheter moi-même », déclare-t-elle en ouverture de la bande annonce. On la voit ensuite, avec son banquier ou son conseiller de gestion, regarder les premiers résultats, qui ne sont guère encourageants. Cinq ans après son installation, le verdict tombe : l'effectif du troupeau est insuffisant pour assurer la rentabilité de l'exploitation. Pour ne pas avoir à rembourser une partie de la Dotation jeune agriculteur (DJA), Stéphanie se diversifie dans la vente de produits artisanaux.

Visionner la bande annonce, publiée sur Youtube :

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Pourtant, elle se donne du mal. Affouragement, paillage, surveillance au pré, agneulages... entourée de son chien Gala, qui la suit partout, elle aime ses bêtes et leur parle. Elle ne rechigne pas à la tâche, mais l'élevage en plein air dans les prés salés est difficile. Pour rassembler le cheptel, il faut courir après les animaux dans des zones aussi vastes que difficiles d'accès, souvent dans l'eau, et chercher les bêtes égarées, qui parfois sont retrouvées blessées ou mortes. Malgré tout, la jeune femme garde espoir et reste motivée... jusqu'à ce qu'elle soit victime d'actes de malveillance. Devant ses clôtures saccagées, pour la première fois, elle a les larmes aux yeux. À la ferme, on la voit assise dans sa bergerie, recroquevillée contre une barrière, le regard vide.

On lui a aussi volé des brebis. Elle a même reçu des menaces de mort mais les gendarmes n'ont pas donné suite à son dépôt de plainte. « C'est comme s'il fallait que je demande l'autorisation de m'installer à mes voisins », qui font pourtant le même métier. D'autant que Stéphanie a suivi une formation d'un an dans un lycée agricole et réalisé des stages dans plusieurs élevages. Ses animaux valorisent les prés salés, un territoire où il y a peu d'autres activités, leur laine approvisionne des filatures locales au bord de la fermeture.

« J'ai tellement gagné en liberté »

Est-ce sa fine carrure et ses yeux soulignés de noir qui laissent ses collègues exploitants sceptiques ? Certes, elle n'est pas vêtue d'un bleu de travail mais elle ne porte pas non plus une tenue de ville et des petites chaussures ! Comme si une femme, non originaire du monde agricole, et parisienne de surcroît, ne pouvait pas y arriver. « On peut pourrir la vie à des jeunes juste parce qu'on estime qu'ils n'ont pas le profil pour être agriculteur », déplore Stéphanie. « Ça devient presque un bras de fer que je n'ai pas du tout envie de laisser tomber », conclut celle qui, malgré ce combat permanent, ne veut pas du tout revenir à son ancienne vie. Heureusement, les gens qui visitent sa ferme, eux, l'encouragent, mais ils ne sont que de passage.

Pouvoir dévoiler mon univers et partager mes petits combats du quotidien est une super chance et un grand honneur car on n'a pas beaucoup l'occasion de s'exprimer. Stéphanie Maubé, l'héroïne du film.

« J'ai tellement gagné en liberté que ces inconforts matériels (c'est comme cela que cette optimiste dans l'âme parle des désagréments rencontrés) me paraissent beaucoup moins graves. » Une belle leçon de courage et d'indépendance qui montre que, même seul, on peut réaliser ses rêves à force d'obstination pour vivre en accord avec ses idées. Espérons que les problèmes de Stéphanie sont désormais derrière elle et que ce film incitera d'autres jeunes femmes, intéressées par le métier d'agricultrice, à sauter le pas. 

(1) À la fin de la bande annonce, c'est comme cela que Stéphanie se définit quand une élève d'une classe qu'elle accueille sur son exploitation lui demande le nom de sa profession. 

Découvrez-en un peu plus sur Stéphanie Maubé et son élevage, sur ses impressions à propos du film et sur les intentions de la réalisatrice dans cette vidéo, publiée sur Youtube :

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Ce film documentaire, qui dure 1 h 30, a reçu plusieurs distinctions :

2019
 : environmental Film Festival in the Nation's Capital (DCEFF) à Washington - Hausman Foundation for the Environment Award for Best International Film

2019 : compétition au Festival Repérages de Pantin

2018 : sélection au Festival du film pastoralismes et grands espaces de Grenoble 

2018 : sélection "Premier geste documentaire" au festival Traces de vies de Clermont-Ferrand 

Jeune Bergère a une page Facebook où le film a fait l'objet de nombreux commentaires, dont voici un extrait :

posts facebook film jeune bergere (©Page Facebook Jeune Bergère) 

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