PorcsEn Europe, le porc français a du mal à trouver sa place

| AFP

Prix au producteur longtemps inférieur au coût de revient, baisse du cheptel, élevages en mal de repreneurs, la filière porcine française, troisième en Europe, souffre de maux structurels face à une concurrence européenne plutôt dynamique.

« Aujourd'hui on souffre surtout de la concurrence espagnole, dont la filière, fortement encouragée par l'État, s'est construite sur un modèle intégré à l'américaine, avec des tailles d'élevages dix fois supérieures aux nôtres », constate amèrement Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNP).

Alors que la production porcine française a diminué de 8,1 % entre 2010 et 2017, la production espagnole, premier fournisseur de l'Hexagone, a elle progressé de 16,3 %, selon Eurostat, grignotant des parts de marché. La FNP dénonce notamment un « dumping social » avec des fraudes à la réglementation des travailleurs détachés. « En Espagne, certains salariés sont plutôt payés 500 que 1 000 euros, mais c'est en voie de changement », reconnaît Guillaume Roué, président d'Inaporc (interprofession), qui réclame pour la filière une « harmonisation sociale et fiscale européenne ».

En 2017, la France a abattu 23,4 millions de porcs, derrière l'Allemagne (57,8 millions) et l'Espagne (49,6), selon le ministère de l'agriculture. Longtemps tendues, les relations avec l'Allemagne semblent se normaliser depuis l'instauration d'un Smic en 2014, et, sur le plan fiscal, l'ouverture en 2018 par la Commission européenne d'une procédure d'infraction pour fraude à la TVA d'un montant de 250 millions d'euros. Mais quand on les écoute, les éleveurs français se plaignent avant tout d'être moins bien rémunérés que leurs voisins, y compris depuis la remontée en flèche en mars du prix au kilo, après de longs mois d'atonie, tiré par la demande chinoise. Le 2 mai, un producteur français touchait ainsi 1,41 euro le kilo, soit environ 15 centimes de moins qu'un Allemand.

« Civisme du consommateur »

Une différence que la FNP juge inacceptable « dans un marché aussi ouvert et concurrentiel », réclamant aux abatteurs de revoir « leurs positions d'achat à la hausse ». En cause notamment, les règles du Marché du porc breton (MPB), référence pour les prix, qui bloque de cinq centimes les évolutions à la hausse comme à la baisse. Un système dont la Coordination rurale réclame la révision.

Contrairement à d'autres pays, les éleveurs français estiment par ailleurs que le rapport de forces leur est « défavorable ». « La forte concentration des centrales d'achat rend difficile la répercussion des prix », plaide Guillaume Roué. De plus, les négociations commerciales entre les distributeurs et leurs fournisseurs s'achevant chaque année fin février, elles n'intègrent pas, selon lui, les hausses de prix ultérieures alors que l'environnement des marchés est de plus en plus mouvant.

Sur le plan de la réglementation environnementale, le président d'Inaporc estime toutefois que les normes sont « en train de rattraper tout le monde », même si la France a assoupli en 2013 le seuil à partir duquel une autorisation préalable est nécessaire pour agrandir son élevage, provoquant le tollé des écologistes.

Du point de vue des consommateurs, l'étiquetage de l'origine des viandes dans les plats cuisinés, expérimenté jusqu'en 2020, a en revanche tendance, selon les éleveurs, à influencer le comportement des consommateurs en faveur de la production française. « On a arrêté l'hémorragie en misant sur le civisme des citoyens, mais de là à reconquérir des parts de marché sur l'Espagne, on en est loin », analyse François-Régis Huet, éleveur dans le Morbihan.

Autre problème : le vieillissement des bâtiments d'élevage, qui souffrent d'un manque d'investissement, tandis que, dans le même temps, les consommateurs se montrent de plus en plus exigeants. Mais selon Jan-Peter Van Ferneij, économiste à l'Institut du Porc (Ifip), il reste un point positif : la flambée de la demande chinoise « pourrait conduire l'Espagne à privilégier ce pays à la France pour y trouver des prix plus intéressants, ce qui profiterait mécaniquement aux Français ».


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Olmer
Il y a 216 jours
Guillaume roué défend les industriels de la charcuterie, et pas les éleveurs !
Il se plaint qu a 1,40 ,le prix du porc est trop chère pour les pauvres industriels qui nous ont plumer pendant des années, 1,40 est un prix coutant!!
Arrêtons de dire que le prix du porc flambe.
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