Observatoire des prix et des margesEn élevage, la répartition de la valeur ajoutée toujours plus déséquilibrée

| par | Terre-net Média

L'économiste Philippe Chalmin, qui préside l'observatoire de la formation des prix et des marges, a présenté lundi 11 avril 2016 son rapport annuel. Un rapport sans appel qui officialise ce que dénoncent les producteurs depuis longtemps : en 2015, la plupart des prix agricoles n'ont pas couvert les coûts de production.

Rayons de supermarché  La baisse des prix payés aux producteurs permet de maintenir voire baisser les prix à la consommation dans les rayons. (©Terre-net Média )

A l’exception de quelques productions comme les fromages AOC, les chiffres de l’Observatoire de la formation des prix et des marges montrent qu’en 2015, « aucune production agricole étudiée par ce rapport n’a couvert la réalité moyenne de ses coûts de production en tenant compte des aides européennes existantes toujours plus complexes à gérer ». Voilà résumée en une phrase l’analyse de Philippe Chalmin, économiste et président de l’observatoire de la formation des prix et des marges, qui a présenté son rapport annuel lundi 11 avril 2016.

Pour la majorité des productions d’élevage, la valeur ajoutée au sein des filières a été encore plus mal répartie en 2015, et ce, au détriment du producteur. Selon le rapport, le recul des prix affecte très fortement l’élevage bovin laitier, avec un recul de plus de 15 % par rapport à une année 2014 exceptionnellement favorable, et de 6 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Baisse des prix de - 1,4 % à - 7,2 % pour les produits carnés

A l’inverse, les prix à la consommation alimentaire, qui étaient en léger repli en 2014, progressent très faiblement en 2015 avec moins de 0,5 %, ce qui est toutefois sensiblement plus élevé que la hausse générale des prix à la consommation, presque nulle. La quasi-stabilité ou le recul des prix à la consommation est assez général dans les filières suivies par l’observatoire.

Dans les filières de produits carnés, la baisse des prix à la production en 2015 s’étend de - 1,4 % à - 7,2 % selon les produits. Cette baisse est « due à la perte de marchés à l’export en Russie (porc), à la baisse de la demande intérieure (en viande bovine et de porc), à l’afflux de vaches laitières dans les abattoirs ». Cette baisse des prix à la production des animaux s’accompagne d’une quasi-stabilité des prix à la consommation, toutes viandes et produits à base de viande agrégés (+ 0,4 %). Le suivi spécifique de l’observatoire, réalisé sur quelques produits de grande consommation issus des filières viandes, montre en 2015 des baisses de prix au détail relativement faibles, de l’ordre de 1 à 2 %.

Il manque 47 €/100 kg d'animal en vif

« Dans l’élevage spécialisé de bovins viande, la dégradation des résultats moyens se poursuit en 2015 : si les coûts de production restent quasi stables, la baisse des prix entraîne une nouvelle baisse de la marge nette : en élevage naisseur-engraisseur, il manque ainsi en moyenne près de 47 € par 100 kg d’animal en vif (prix moyen 240 € par 100 kg vif) pour rémunérer le travail de l’éleveur à hauteur de 1,5 Smic et son capital au taux moyen du livret A. »

« Le maillon industriel des filières carnées a, pour les produits suivis par l’observatoire, généralement transmis la baisse du coût de ses approvisionnements en matière première, comme le montre la stabilité, voire la diminution, des indicateur de marge brute de ce maillon », note Philippe Chalmin.

En GMS, les évolutions des indicateurs de marge brute restent très variables selon les produits : en baisse pour la découpe de volailles, stable pour la viande bovine, voire en hausse pour certains morceaux de porc. Mais l’observatoire relève que la marge nette du rayon boucherie serait en baisse. « Le rayon ressort donc toujours en négatif, à - 2,1 € pour 100 € de chiffre d’affaires. Dans les industries des viandes, la marge nette de l’abattage-découpe de bovins, qui avait progressé en 2014, diminue en 2015 pour s’établir en moyenne à 0,10 €/kg de carcasse traité, contre 12 centimes en 2014.

En lait, retournement de situation très défavorable

Dans la filière laitière, « le prix du lait à la production a fortement diminué, - 15 % en 2015 après la hausse de 2014, - 6 % par rapport aux cinq dernières années ». Les principales causes sont connues : recul de la demande mondiale, et notamment de la Chine et de la Russie, alors que la production européenne, affranchie des quotas laitiers, s’est accrue dans plusieurs pays.

Dans ce contexte, l’indicateur de marge brute des transformateurs augmente, celui des GMS aussi. « L’année 2015 présente, pour les éleveurs laitiers, un retournement de tendance très défavorable, poursuit l’économiste. Malgré la baisse moyenne des coûts de production, une diminution importante de la rémunération des producteurs résulte de la baisse du prix du lait : on estime, sur la base du Réseau d’information comptable agricole, que le prix moyen du lait en 2015 (340 €/1 000 litres) était inférieur de près de 10 centimes par litre au prix qui aurait assuré la rémunération des producteurs aux standards habituellement retenus (1,5 Smic pour le travail, taux du livret A pour le capital).

Le rapport Chalmin confirme par ailleurs que la baisse des prix payés aux producteurs permet de maintenir voire baisser les prix à la consommation dans les rayons.  « La baisse du coût en matière première, même partiellement transmise au consommateur, permet le maintien voire la baisse des prix au détail des produits laitiers en 2015 ».

Le rapport illustre ainsi, par les chiffres, la guerre stérile sur les prix que se livrent les enseignes. Ces dernières continuent de vouloir afficher, coûte que coûte, et quitte à renier sur leurs propres marges, un prix en rayon toujours plus bas que leur concurrent.


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