Trésoreries des élevages bovinsUne situation toujours morose fin 2018

| par | Terre-net Média

Instauré en 2015 par l'Institut de l'élevage, l'Observatoire de l'endettement et des trésoreries permet un suivi régulier des exploitations bovines depuis 2013. Dans son dernier rapport, publié le 23 octobre, l'observatoire relève une situation financière plutôt morose dans les élevages, fin 2018, pour les bovins viande comme pour les bovins lait.

La situation des élevages bovins toujours morose après la clôture d el'hiver 2018La situation des élevages bovins toujours morose après la clôture de l'hiver 2018. (©Terre-net Media)

L’observatoire de l’endettement et des trésoreries des élevages bovins a suivi 925 comptabilités d’exploitation entre les clôtures 2016 et 2018 dans différentes zones : 456 élevages bovins lait (174 en zone de plaine, 177 en zone de montagne, 105 en Dordogne) et 469 élevages bovins viande (93 naisseurs engraisseurs en Grand-Ouest, 211 naisseurs en bassin allaitant, 165 naisseurs en montagne).

La situation financière des exploitations laitières est en berne

Le prix du lait qui était en hausse fin 2017-début 2018 est finalement stable sur les clôtures de fin 2018 par rapport à 2017. Ainsi, le produit brut des exploitations laitières suivies reste à un niveau équivalent à celui de l’année précédente, mais cette stabilisation est contrebalancée par une hausse des charges dans les trois zones observées.

L’Excédent brut d’exploitation (EBE) baisse partout : - 12 % pour les exploitations du Grand Ouest, - 2 % pour la Dordogne, - 4 % pour les exploitations laitières de montagne. 

Parallèlement, entre 2017 et 2018, les annuités sont en hausse légère dans le Grand-Ouest et le Cantal, et en hausse marquée en Dordogne.

Si d'après l'observatoire, en 2017, le revenu disponible avait augmenté partout, de l’ordre de + 105 % dans le Grand-Ouest, + 89 % en Dordogne et + 59 % en montagne, il baisse à nouveau sur l’ensemble des zones en 2018 : - 30 % dans le Grand-Ouest, - 16 % en Dordogne et – 9 % en zone de montagne, pour un revenu moyen inférieur à 16 000 € par UTH familial annuel.

Malgré des prélèvements privés encore restreints (18 000 € annuels par UTH familiale en moyenne toutes zones), les élevages ne parviennent pas à dégager une marge de sécurité, indique également l'étude. À noter que les investissements reprennent dans le Grand Ouest et la Dordogne.

Voir aussi, sur les élevages laitiers du Grand Ouest : les systèmes herbagers plus simples à transmettre et à reprendre

35 % d’élevages bovins lait en situation critique

Un tiers des exploitations sont en situation critique, une proportion qui atteint 49 % pour les élevages du Grand-Ouest. La situation des exploitations endettées à long et moyen termes et avec une trésorerie négative ne s’améliore pas : les dettes court-terme de ce groupe sont 1,9 fois supérieures à la moyenne, autour de 165 € / 1 000 l contre 92 €/1 000 l (moyenne toutes exploitations).

La sécheresse du deuxième semestre 2018 et celle de 2019 auront probablement des conséquences économiques et financières encore plus négatives pour ces élevages.

Pas d’embellie pour les exploitations allaitantes

Le produit brut des exploitations allaitantes suivies reste relativement stable depuis 2016, mais comme pour les exploitations laitières, on observe une hausse des charges de + 4 % en moyenne, notamment les charges alimentaires (sauf dans le Cantal) et de structure, conduisant à une baisse de l’EBE, en dehors du bassin allaitant.  

Le revenu disponible évolue de façon contrastée en fonction des zones. La baisse est ainsi très marquée dans le Grand Ouest (- 34 % entre 2017 et 2018, après une baisse de - 21 % entre 2016 et 2017) et en montagne (- 21 % entre 2017 et 2018, après une hausse de + 11 % entre 2016 et 2017). Dans le bassin allaitant, où il avait chuté de 22 % entre 2016 et 2017, le revenu disponible augmente de 10 % entre 2017 et 2018. Cependant, il reste faible dans toute les zones, fluctuant entre 9 500 € et 20 500 €, pour une moyenne de 15 600 € par UTH familial annuel.  

Les prélèvements privés, très restreints (12 600 € annuels par UTH familiale en moyenne toutes zones), servent une nouvelle fois de variable d’ajustement, et réduisent fortement la marge de sécurité dans le bassin allaitant et en montagne. Dans le Grand Ouest, la marge de sécurité des exploitations allaitantes est désormais nulle.

16 % des élevages bovins viande en situation critique

La part des exploitations en situation critique, c’est-à-dire endettées à long et moyen termes et avec une trésorerie négative représente 16 % des élevages suivis, une proportion qui s’élève à 42 % dans le Grand Ouest. Dans le bassin allaitant, ce chiffre baisse à 9 %.  

De plus, les dettes court terme augmentent au sein de ce groupe en situation critique, et sont deux fois et demi plus importantes que la moyenne.

Enfin, si la trésorerie s’améliore globalement pour les élevages peu endettés et les élevages endettés à trésorerie positive, la situation s’aggrave à ce niveau pour les exploitations à trésorerie négative.

« Comme pour tous les élevages, mais avec des effets encore plus sévères sans doute, les sécheresses de 2018 et 2019 ne seront pas sans conséquences économiques et financières pour ces exploitations dans les mois et années à venir », indique l’Institut de l’élevage.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 20 RÉACTIONS


Capitaine
Il y a 17 jours
Actuellement en France 31 fermes par jour disparaissent....
6 agriculteurs- trices se suicident par semaine
1 salarié -ée tout les 5 jours...
Bon nombre son hospitalisé en psychiatrique, d’autt’es sont suivis en soins externes par les médecins et les associations solidarité Paysannes ne savent plus quoi faire...
Voilà le tableau
Répondre
Terminé
Il y a 19 jours
Steph 72,
Oui je sais je suis concerné je suis en liquidation,
C est sûr qu il y aurait peut être eu plus de liquidations encore plus rapidement si bel n avait pas pris ce virage, il y a eu une certaine prise de conscience..
Mais qu est ce qui a changé depuis 2009 ? C'est à dire 10 ans.
Et bien oui peut être une prise de conscience sur les suicides, les liquidations, les non remplacement,
Quels sont les moyens mis en place ?? Rien absolument Rien, dans le mur on va dans le mur. La toute puissance violence économique est là belle et bien là que des chiffres erronés pour dire que tout va bien. Macron dit, faut pas être négatif.. Sauf qu il détruit son propre pays, il ne voit absolument pas la réalité.
Faut alors lui donner raison tout va bien c est même mieux... Il a été élu pour la dernière chance... De sauver ce qui peut être sauver...
Répondre
steph72
Il y a 19 jours
Terminé
Meme si le prix bel parait elevé pour certains,il n'empeche pas quelques eleveurs de quitter le métier. Il y a des trésoreries qui ont été mises à mal depuis 2015
Et heureusement qu'il y a une laiterie pour s'apercevoir que si le prix est insuffisant il n'y aura plus d'installation et plus de producteurs.
Les autres laiteries n'ont rien compris;
Dans certaines communes du 53 ,une grosse partie des exploitations d'elevage à céder ne retrouve pas preneur.
Répondre
Terminé
Il y a 19 jours
La confirmation de ces chiffres se concrétise sur le site d interencheres tout les jours des fermes sont en vente judiciaire,liquidées, des fermes aux normes...très récentes....
Trésorerie fin 2018, il faut rajouter 2019.. Rien pour arranger les choses.
Débutant, tu parles de qualité... Il y a déjà longtemps que les éleveurs font de la qualité. Ce sont les transformateurs et la grande distribution les grands bénéficiaires pas les éleveurs emportés dans un gâchis social économique gravissime donc dramatique. Débutant tu te frottes les mains et n a d yeux que pour ta chérie laiterie bel, les agriculteurs ont perdus tout pouvoirs et vont à leur propre perte tant l individualisme va encore s agraver avec tout ces arrêts volontaires, ou judiciaires, ou non remplacés..
Groupement bel ou autre sont juste devenus des sectes pour diviser les agriculteurs. Nous en avons une belle preuve aujourd'hui.
La qualité, tout les prix des produits agricoles ne sont absolument pas à leurs vrais prix.
Débutant, oui les étrangers sont là pour acheter dans les fermes aux ventes judiciaires, pas de soucis ils emmenent eux ils se développent, pas de TVA etc....
Répondre
debutant
Il y a 20 jours
avec les collegues de la CR nous les rencontrons regulierement et je pense qu ils ont pris la mesure de la situation .Seul probleme ils n ont pas de solution toutes les decisions prisent par l Europe depuis 10 ans nous sont defavorable la France ne fait que de suivre le plan couple a une incapacite a repartir la valeure ajoute et la messe est dite.Le développement des pays de l Est nous conduira a notre perte .Les portes de sorties sont la qualite et traçabilité la production industrielle :d autres savent la faire a moins cher que nous !
Répondre
PàgraT
Il y a 23 jours
Sachez Patrice que je suis responsable CR et que je ne suis absolument pas bloqué pour dire les choses du moment qu'elles sont dites poliment. Dès 2016, j'avais signalé en réunion de crise pour la viande bovine à la préfecture de région sur la situation calamiteuse de notre production en présence de toute la filière. Je leur ait fait part du manque de rentabilité et de fait du non remplacement des générations qui se ferait insidieusement tant que nous n'aurions pas de préférence communautaire. J'ai alors été ironiquement remercié pour mon "optimisme" par le préfet de l'époque! Tous les préfets ne sont pas à notre écoute et comprenez bien qu'au final ils ne sont aussi que des hauts fonctionnaires aux ordres du gouvernement. Pour autant je partage votre opinion sur le fait que ce soit à nous tous d'informer et revendiquer si nous voulons peser un peu. Sachez par ailleurs que je ne ménage pas mes efforts pour faire reconnaitre l'ACS et l'utilisation du glypho !
Répondre
Patrice Brachet
Il y a 23 jours
Chers collègues faut pas se priver de faire part de ces situations aux élus, à l administration ect. Pas la peine d en parler aux syndicats, le politiquement correcte les bloque ; si jamais de parler trop fort cela influait leur zone de confort ! Si j ai accepté de recevoir mon préfet c est que j avait des messages et le courant est très bien passé faut pas avoir peur d informer au plus haut niveau et sachez que personne le fera pour vous ! Amicalement
Répondre
Henri
Il y a 18 jours
Bj je suis intéressé pour financer un agrandissement d'élevage laitier ou viande en partenariat me contacter si besoin

Cordialement
Répondre
vik
Il y a 23 jours
Je comprend pas 5e a 10e le veau, les vl de réforme ils en veulent pas et j'ai trop de lait , plus de trésorerie plus de place dans le hangar et un controle de bien étre animal fin de mois (si je dépasse le quotas je vais payer une pénalité et pourtant j'ai besoin d'argent et mes animaux ne sont pas aux 3 étoiles mes elles nous aime
Répondre
kent
Il y a 18 jours
Je suis d'accords avec beaucoup d'entre vous,mais dans mon cas je suis le dernier éleveur du village , j'affronte tout ces néoruraux qui sont passé maire du village aussitôt arrivé et qui ne supportent pas les bruits de la ferme.Le maire m'a même dit qu'il ne voulait plus de tracteur ou de camion dans son village,si c'est sont village au bout de 25 ans je pense que mon avis peut compter un peu au bout de 4 générations de ce même village que je ne qualifie pas comme (mon village).Les difficultés de trésorerie et la mauvaise ambiance m'ont eut .Je pense tout vendre avant d’être arrivé au point de non retour.Sans compter sur les vautours de notre profession qui ne font rien pour arranger les choses.Je souhaite bonne chance a tous ces jeunes qui aiment ce métier car pour moi c'est le plus beau métier qui puisse exister il faut tenir mais au bout de 31 ans d'exploitation moi je baisse les bras .Je vais orienter mon combat en m'investissant dans toutes ces institutions qui nous pourrissent le métier et essayer de sauver beaucoup de confrères qui aime notre métier.
Répondre