Lu sur les réseauxDiffusé à la télé, Petit paysan ne fait pas l'unanimité chez les éleveurs

| par | Terre-net Média

Diffusé pour la première fois à la télévision dimanche soir sur une chaîne non payante, Petit paysan a attiré 4,04 millions de Français selon Médiamétrie, plaçant France 2 en tête des audiences. Plus surprenant encore, le blockbuster de TF1, Gravity, est largement dépassé par ce film français à bien plus petit budget, traitant d'un sujet sombre et difficile : un éleveur perdant pied parce qu'une épidémie décime ses vaches. Parmi les téléspectateurs sans doute, pas mal de producteurs comme en témoigne la discussion sur la page Facebook des producteurs de lait. « Émouvant » et tristement « réel » pour certains, ce long métrage s'avère « peu vraisemblable » voire « choquant » pour d'autres.

film petit paysan hubert charuelBeaucoup de membres de la page Facebook des producteurs de lait « ne savent pas comment ils réagiraient » si une maladie tuait leurs animaux et « n'osent même pas y penser ». D'autres sont sûrs au contraire qu'ils « craqueraient ». (©DR) 

Dimanche soir, 21 h 52. Jean-Pierre poste un message sur la page Facebook des producteurs de lait. « Qui regarde Petit paysan ? », demande-t-il. Les « Moi » pleuvent en réponse. Le film d'Hubert Charuel, diffusé pour la première fois sur une chaîne de télévision en accès gratuit, est commencé depuis presque une heure. « Trop triste l'histoire », ajoute-t-il, publiant une photo un peu floue de son écran où le personnage principal, un jeune producteur laitier, est entouré de ses vaches. Ce dernier en effet travaille dur, sans gagner beaucoup, pour maintenir à flot la ferme que ses parents lui ont transmis (tout en restant très présents !). Il a peu de loisirs et peine à trouver l'âme sœur.

Pas étonnant que de nombreux éleveurs se reconnaissent et soient touchés par ce "quasi-documentaire", qui montre avec beaucoup de réalisme dans les images surtout et les dialogues peu prolixes et sans fioritures, le quotidien et les difficultés de l'élevage. Les 448 pouces levés et émoticônes tristes, comme les 193 commentaires, dégainés par les autres membres du groupe Facebook en attestent ! Tous sont unanimes : « C'est un très beau film », « émouvant », qui « montre que le métier d'éleveur n'est pas simple ». « Voir le héros perdre pied peu à peu parce que ses vaches meurent les unes après les autres d'une mystérieuse épidémie est cependant « dur » et malheureusement « réel ». « Des cas comme ça, il y en a déjà eu des centaines ! », appuie Christian.

Ce film montre que le métier d'éleveur n'est pas simple.

Cliquez sur le curseur pour regarder la bande-annonce.

« Ça prend aux tripes ! »

Retrouvez également le Paroles de lecteurs réalisé suite à la sortie du film. Il y a un peu plus de deux ans, Petit paysan avait plu aux éleveurs. Aujourd'hui, les avis sont bien plus partagés, conséquence de l'agribashing incessant ?

Prêt à tout pour sauver son troupeau, Pierre cache à tout le monde la contamination, même au départ à sa sœur vétérinaire. Par amour pour ses bêtes, il sombre progressivement dans la folie : il fait disparaître les animaux morts et les remplace par d'autres volés dans une exploitation voisine en échangeant les boucles d'identification. Il va même jusqu'à emmener son cheptel en Belgique pour qu'il échappe à l'abattage ! « Ça prend aux tripes ! Pourtant, je l'avais déjà vu au ciné », insiste Denis, dont le père, aujourd'hui décédé, a connu un drame similaire avec la brucellose. Jean-Michel E. également « revoit de mauvais souvenirs. Déjà 10 ans... » « Pardon pour le langage mais j'ai les boules », ajoute Denis avant de préciser : « Personne ne sait mieux que nous ce qu'est le principe de précaution et notamment ses répercussions financières et morales. »

Ce qui m'avait le plus marqué à l'époque : l'odeur de brûlé dans l'air...

« Les gendarmes qui débarquent à l'aube, armés, l'éleveur maintenu à l'écart, les camions des équarrisseurs prêts à charger le troupeau, les vétérinaires locaux réquisitionnés, etc., c'est la triste réalité », fait remarquer Laurent. Véronique B. est révoltée par « la froideur et le manque de compassion de toutes ces personnes face au désarroi de l'éleveur du film ». Michel parle du « rouleau compresseur des autorités » et « des indemnités qui ne sont qu'un miroir aux alouettes et viendront peut-être un jour ». « J'étais enfant en 2001 et je me souviens pourtant très bien de l'épidémie de fièvre aphteuse au Royaume-Uni. Pendant plusieurs semaines, il a fallu tout désinfecter, porter des combinaisons et je n'avais plus le droit d'aller à l'école. Tout ça pour voir l'armée arriver et les animaux partir... Ce qui m'a le plus marqué, c'est l'odeur de brûlé dans l'air », relate Jennifer.  

« Des images décalées, invraisemblables voire choquantes »

La dernière caresse de Pierre à ses vaches m'a donné des frissons !

Jérôme met en garde : « Il faut avoir le cœur bien accroché ! ». « Un dimanche soir plombé ! », lance Jeff. Et Richard a de nouveau « versé des larmes » devant son écran. « Elles viennent toutes seules », confirment d'autres membres de la page des producteurs de lait. Pour Camille, Petit paysan est l'un des films où elle a « le plus pleuré ». Martin, lui, le découvre pour la première fois et a été « scotché ». Gwenaëlle, qui avait assisté à un débat après la projection, se rappelle d'une « belle soirée de partage et d'échange ». « La dernière traite et les caresses de Pierre à ses vaches m'ont donné des frissons », précise pour sa part Annie, « après toutes ces années passées à s'en occuper et le lien tissé avec elles », renchérit Fanny. Le réalisateur dépeint bien « la douleur qu'il ressent à s'en séparer de cette manière », souligne Christophe.

Le film a reçu plusieurs récompenses : Trois Césars pour Petit paysan.

« Ce n'est vraiment pas un film qui remonte le moral aux agriculteurs ! » poursuit Annie, qui ne « souhaite à aucun d'entre eux » de vivre une pareille situation. Tout comme Didier, Christiane ou Nadège qui ne « savent pas comment ils réagiraient et n'osent pas y penser », ou sont sûrs au contraire qu'ils « craqueraient ». Ou encore Vincent qui regrette malgré tout « certains détails un peu trop décalés par rapport à la réalité », voire « invraisemblables » pour Véronique M., faisant sans doute référence à la façon de se "débarrasser" des vaches mortes, aux vols d'animaux, débouclages... « Folklorique ! Les éleveurs ont bien plus les pieds sur terre que ce producteur ! », assène Jean-Marie. « Des images choquantes quand même », d'après Virginie, qui « ne comprend pas que le film ne soit pas interdit aux moins de 12 voire 10 ans ». « Une honte » de les avoir tournées, selon Olivier qui s'exclame : « Heureusement que ça ne ce passe pas comme ça dans les élevages ! ».

Heureusement que ça ne ce passe pas comme ça dans les élevages...

Attention à la perception du grand public !

« Ce n'est pas le bon moment » pour véhiculer ce type de messages « à la télé » et montrer ces scènes, dont certaines sont assez « dégueulasses, vu comment les agriculteurs sont traités par leurs concitoyens !! », commente Arnaud. Stéphane partage ce point de vue : « On ne peut pas laisser le grand public devant ce film sans aucune explication. » Quant à Isa, elle pense qu'elle n'aurait « pas dû le regarder » et Anne craint « de faire des cauchemars ». Gwenegan, qui n'est qu'apprenti, « redoute qu'un jour des crises », comme celles de la vache folle ou de la fièvre aphteuse, « se reproduisent ». « Tous les éleveurs peuvent avoir peur ! », rétorque Emmanuel. D'ailleurs, Arthur, qui « aimerait s'installer », raconte que ce long métrage « le fait réfléchir ». Didier, lui, « a déclaré forfait ».

Ce n'est pas le bon moment pour véhiculer ce type de message !

Plusieurs membres de la page Facebook des producteurs de lait ne sont pas si catégoriques mais se disent « déçus » par Petit paysan, surtout par « la fin en queue de poisson » même si Christophe reconnaît que « ce n'est pas facile de traiter ce sujet ». « Le film est mal réalisé, trop lent. J'ai changé de chaîne », déclare Bernadette. Pascale, elle, conseille en revanche « d'aller aux cinés-débats organisés en ce moment par Hubert Charuel pour son nouveau documentaire Les vaches n'auront plus de nom. Peut-être illustre-t-il également, comme le constate François, que « les agriculteurs ne représentent plus grand-chose sur terre » ? Espérons en tout cas que les consommateurs « se rendent compte qu'ils ne sont rien non plus sans les paysans », suggère Vivien

Découvrez d'autres films sur l'agriculture et, au centre de cet article, le synopsis du dernier documentaire d'Hubert Charuel Les vaches n'auront plus de nom, tourné sur la ferme de ses parents et qui retrace son lent processus de transmission ou plutôt de non-transmission puisqu'elle part à l'agrandissement, le cinéaste ne voulant pas la reprendre. À voir également : Normandie nue,  Roxane et bien sûr Au nom de la terre.

À peine publié, cet article suscite des commentaires sur Facebook :

posts facebook film petit paysan (©Page Facebook de Web-agri) 


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


debutant
Il y a 10 jours
d’accord avec L OUTIL du grand n importe quoi ........
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Terminé
Il y a 11 jours
Un éleveur vit est au contact quotidien de ses animaux. C'est du vivant qui bouge, on guérit on soigne le Véto arrive plus vite que le médecin.. L attachement sans être dans l excès est inéluctable.
La pression pour les éleveurs est forcément très importante.
Il y aura toujours un risque pour des épidémies, il y en a eu déjà. Et avec
le principe de précaution aujourd'hui encore plus fort qu avant autant dire que les autorités vont agir. Vous n'êtes plus chez vous c est sûr.
A chacun ses émotions, ses ressentis, sa personnalité, etc.. Bien sûr les éleveurs ont les pieds sur terre. Tout le problème est dans l accompagnement, du soutien qu a besoin l agriculteur à ce moment là.
Le bien être animal, le principe de précaution, le sanitaire.. On met de plus en plus de paramètres pour aller au parfait sauf que... Le risque existera toujours.
Personne ne peut dire comment il va réagir devant le fait accompli, on peut se croire fort et votre corps parle avant votre tête et vous envoie au tapis....
Le grave problème de l agriculture aujourd'hui est dans l accompagnement de la crise qu'elle qu elle soit. Des agris se suicident encore aujourd'hui, ce film vient de passer, au nom de la terre aussi pas encore sur le petit écran.. C'est fait pour interpeller comme tout autre film sur n importe quel sujet pour montrer et espérer faire changer un peu les choses... Des pays sont toujours en guerre dans le monde...
L agriculteur à justement les pieds plus d une fois sur terre, ce n'est pas le cas justement de son environnement qui ne l acompagne pas justement qui l abandonne même. Le drame il est là ce non accompagnement et ce sentiment d abandon fait mal très mal que vous ne repartez pas. Tout le monde le sait, cette épée de damocles vous l avez au dessus de la tête. Les institutions doivent changer par rapport à tout cela et là il y a beaucoup beaucoup à faire nous sommes très très en retard.

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brun brun
Il y a 11 jours
Excellent film qui a le mérite de montrer aux citadins que nous avons de l'affection envers nos animaux. Nous savons le sacrifice que nous demandons et imposons à nos animaux pour nous nourrir nous depuis des milliers d'années. C'est une relation équivoque, mais c'est ainsi. C'est pour cela que nous les aimons.
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The germs
Il y a 12 jours
J'ai survolé les commentaires, et je me rends compte que la plupart des gens n'ont même pas compris le film...
Certains semblent être plus intéressé par la question "que vont penser de nous les téléspectateurs".
La question sous-jacente de ce film est "que ferait-on par amour" sachant que l'on est condamné à disparaitre... Dans le scénario du film, l'acteur principale préfère éliminer un animal, qui est condamné de toute façon, pour sauver tout le troupeau.
Il y a un autre film, sur deux bergers Groenlandais, qui traite du même sujet...
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The germs
Il y a 12 jours
En même temps, les végans nous reproche de "mentir" aux consommateurs, par exemple en montrant des vaches heureuses dans les publicités...
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Jonathan
Il y a 12 jours
Très bon film
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gillesdu01
Il y a 12 jours
Excellent le film , faut être éleveur pour comprendre , se retrouver dans cette situation doit forcément se faire poser des questions …
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L'OUTIL
Il y a 12 jours
Un film revoltant où la caricature et les amalgames ne peuvent que PORTER préjudice à l'image et l'intégrité de l'immense majorité d'éleveurs...
Faire sauter les boucles....enterrer une vache identifiée....abattre sa vache dans la salle de traité......ON EST OÙ LÀ ???!!!!!
L'OPROBE ET LE DISCRÉDIT....et on s'étonnera que l'on passe pour des trafiquants...Je ne parle même pas de la véto.....
La première partie du film était AFFLIGEANTE....
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titian
Il y a 12 jours
J'ai pas ressenti l'envie de regarder, j'ai préféré revoir Sandra Bullock.
En même temps des vaches à la traite on en voit toutes l'année.
Dans le style et avec mon prénom les Boudins ne me font même pas rire, remarquez on va pas trop charger ces humoristes, je serais bon catholique je crois que le dernier sketch de France Inter sur Jésus aurait encore plus effet.
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Patrice Brachet
Il y a 12 jours
J ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout ; trop triste
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