[Reportage] Mon projet, mon avenirDes prairies pour réduire l'empreinte carbone de l'exploitation laitière

| par Florian Cazeres | Terre-net Média

Grâce à un financement participatif, Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, éleveurs laitiers, ont pu financer l'installation de 7 ha de prairies autour de leur exploitation située à Lingèvres, en Basse-Normandie. Leur but : réduire l'empreinte carbone de la ferme.

Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, sur leur exploitation laitière de Lingèvres dans le Calvados. Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, sur leur exploitation laitière de Lingèvres dans le Calvados. (©Miimosa)  

E n lançant une campagne de crowdfunding début 2018, les éleveurs laitiers Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, avaient un objectif : prouver que « les éleveurs s'engagent pour l'environnement ». Aujourd'hui, c'est chose faite. Grâce aux 5 465 euros récoltés sur la plateforme Miimosa, ils vont pouvoir implanter 7 hectares de prairies autour de leur exploitation laitière de 135 ha et 60 vaches, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre .

L'idée germe dans leurs esprits fin 2017. Les deux agriculteurs participent, avec d'autres producteurs de la région, à un groupe de réflexion, co-organisé par Danone.

L'objectif est de trouver des solutions pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre des exploitations. Après un diagnostic réalisé grâce à l'outil CAP2ER, mis au point par l'Institut de l'élevage, ils décident d'investir dans des prairies, pouvant stocker le carbone dans le sol.

Le but : limiter les gaz à effet de serre de 60 t par an. L'idée les séduit également dans une perspective de bien être animal . « Nous voulons faire gambader nos vaches laitières sur une surface plus importante et ainsi améliorer le bien-être animal et la qualité de leur alimentation », indiquent ainsi les deux éleveurs sur la page de présentation de leur campagne de financement participatif.

Un outil de communication positive pour les éleveurs

Anne-Sophie et Yann prévoient d'installer un pâturage tournant, pour une meilleure pousse de l'herbe. L'implantation de 7 hectares de prairies, nécessaire à la mise en place du pâturage tournant, impose des aménagements, en particulier le décapage et l'encaissement de 700 m de chemins d'accès, pour un coût de 16 500 €. À cela doit s'ajouter certaines autres dépenses, comme les clôtures (5 800 €), les tranchées et la fourniture de l'eau potable (3 850 €), les barrières (750 €), le bac à eau (1 700 €), et les semences fourragères (1 600 €).

En tout, 30 200 € sont nécessaires. L'entreprise Danone, qui collecte la totalité de leur production pour fabriquer des yaourts, se dit prête à débourser 7 500 €. Les jeunes producteurs, eux aussi, peuvent prendre en charge 7 500 € en autofinancement. Reste 15 200 euros à trouver. Danone leur propose donc de lancer un financement participatif, pour donner de l'écho au projet. Un désir partagé par les éleveurs.

L'implantation de 7 hectares de prairies autour de l'exploitation va permettre de réduire les gaz à effet de serre de 60 tonnes par réduire les gaz à effet de serre de 60 tonnes par an.L'implantation de 7 ha de prairies autour de l'exploitation va permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60 t par an. (©Miimosa) 

« Les agriculteurs ne communiquent pas assez et ne partagent pas sur le fait qu'eux aussi se mobilisent pour changer les choses et participer à la lutte contre le changement climatique. Ils subissent tous les jours des critiques, sans pour autant se défendre et montrer ce qu'ils font réellement », déplore en effet Anne-Sophie Ansel.

Reste à fixer le montant à récolter. « Nous avions besoin de 15 200 €, mais il s'agit d'un trop gros chiffre pour un premier crowdfunding », regrette l'éleveuse. Car il est nécessaire d'atteindre au moins 60 % de l'objectif pour pouvoir récupérer l'argent. Ils se rabattent donc sur un objectif de 8 000 €.

Autour d'eux, leurs collègues sont sceptiques. « Nos proches dans le métier assimilaient le financement participatif à de la manche. Mais pour moi, soit on peut continuer à se plaindre, soit on peut avancer et trouver des solutions. C'est ce que nous avons fait », se défend-elle.

Faire parler des problématiques agricoles

45 jours plus tard, la campagne touche à sa fin. C'est un succès : 5 465 € sont récoltés, ce qui dépasse 60 % de 8 000 € et débloque ainsi les montants récoltés.

Les donateurs sont surtout des proches, appartenant aux cercles amicaux ou familiaux des associés. « Je recommande à ceux qui se lancent de bien prévenir leurs cercles sociaux avant de lancer un crowdfunding», prévient Anne-Sophie Ansel.

« Je suis également allée voir mes partenaires dans le métier, comme mon assureur, ma comptable, des coopératives », ajoute-t-elle. Le financement participatif permet aussi de parler de des problématiques de l'agriculture au-delà du monde agricole : « La famille de mon mari, non issue de ce milieu, a été la première à nous donner de l'argent, car elle a été très sensible à l'aspect écologique de notre projet », se souvient-elle.

L'implantation des prairies doit se faire à l'automne prochain, mais le pari est déjà réussi. « Nous avons montré que l'on sait faire les choses », se réjouit-elle. Vu le succès de l'initiative, Danone serait prêt à renouveler ce type d'expérience avec les éleveurs qui travaillent pour l'entreprise, avec pour objectif de passer le cap des 300 projets partout sur le territoire français.

[Mise à jour] Des précisions sur les chiffres...

En réponse aux lecteurs commentateurs de cet article, la rédaction apporte ici quelques précisions sur les chiffres donnés dans cet article. Ces précisions sont tirées de la présentation du projet des éleveurs sur la plateforme Miimosa.

Le diagnostic carbone réalisé sur l'exploitation a permis d'évaluer l'empreinte carbone initiale du lait à 0,96 kg équivalent CO²/litre de lait, et de déterminer un objectif après projet de 0,85 kg équivalent CO²/litre de lait. Sur les 570 000 l annuels produits, c'est donc un gain carbone potentiel annuel de 60 tonnes CO².

Sur le coût du projet de réimplantation de 7 ha de prairies autour des bâtiments d'élevage, les éleveurs ont présenté le détail suivant: 30 200 € d'investissement total, dont: 1 600 € de semences fourragères, 5 800 € de clôtures fixes et amovibles, 750 € de barrières, 1 700 € de bac à eau et flotteur, 16 500 € de travaux de décapage et d'encaissement de 700 m de chemins d'accès, et 3 850 € de travaux de tranchée et fourniture d'eau potable.
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DÉJÀ 20 RÉACTIONS


La chouette
Il y a 5 jours
Pour moi le tarif est trop exagéré ; pour le même prix je clôture 50 ha.Le soucis comme l’indique la rédaction c le décapage et l’encaissement qui doit je pense se justifier par un sol peu portant et la pluviométrie importante du Calvados.Ensuite le « pâtourdyn’ » est contraire au bien-être animal comparé au pâturage classique parcelle après parcelle pour cause de pluies abondantes avec vent ou expositions aux fortes chaleurs sans abris.Et puis surtout dans cette formule « lait de pâturage « que la société réclame comparé au traditionnel Maïs soja on se rapproche de la formule bio , dans l’operation c Danone qui rigole car il ne verse pas la différence.J’invite les éleveurs à basculer dans le bio carrément.
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choubaka08
Il y a 10 jours
700m de chemin pour 7ha c'est énorme .j'ai refait l'an passé des chemins pour desservir 28 paddocks pour 20ha.total:600m dont200pas empierrés .inutile d'empierrer les chemins qui ne desservent que peu de paddoks.Sinon bravo d'avoir choisi le paturage tournant dynamique.on a tjs une herbe de qualité!
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PATRICE BRACHET
Il y a 10 jours
Je ne vois pas où le journaliste a corrigé ( il est vrai que j ai des lunettes !)Maintenant pour les 60 tonnes de carbone pour 7 ha il y’a un hic : une belle prairie 15 tonnes de ms stocke 1,5tonne de carbone réel multiplié par 7 =10,5 tonnes. Cela mérite explication on ne balance pas n importe quoi désolé si je choque !
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sarc
Il y a 10 jours
Merci à la rédaction d'avoir corrigé l'article pour expliquer à quoi correspondent les 16500€ de dépense. Maintenant on comprend beaucoup mieux.
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Jmb67
Il y a 11 jours
Il faut de la crédibilité, ce printemps j'ai remis 4 ha de prairies en état refait les clôture en fil d'acier et padox de 1 ha divisé en deux en clôture légère pour moins de 700€ de fournitures. Donc + 30 000 € pour 7 ha il y a de quoi se poser des questions Pratrice à raison de s'interroger sur l'article si le journaliste tous bien compris ????
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Le paysan Heureux
Il y a 11 jours
Evidemment ces coûts sont très élevés Mais il ne faut pas les affecter à seulement 7 ha. Chez nous avec 400m de chemin, nous sommes à 14ha de deservi. Chaque cas est different pour 25 VL c est confortable.
Le paturage c'est pas toujours facile mais les resultats eco sont exceptionnels
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PATRICE BRACHET
Il y a 11 jours
Je crache pas dans la soupe je dis ce que je pense et je regrette que ces jeunes ne répondent pas car peut-être que le journaliste a zappé ! Mais tel que c est expliqué désolé n oubliez pas que je suis dans une telle démarche j ai des collègues qui pâturent mais je n ai jamais entendu de telles histoires Alors désolé si je choque mais comment voulez vous que l on soit crédible auprès des consommateurs avec de tels chiffres La réflexion est : t a vu le fric mis pour 7 ha ? Et ils sont toujours à se plaindre !
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oups
Il y a 11 jours
C'est pas parce que les vaches de certains ne peuvent pas sortir qu'il faut cracher dans la soupe !!! (....des vaches §!!!!!)
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PATRICE BRACHET
Il y a 11 jours
En réfléchissant à ce projet j ai une question à poser pour faire ce chemin poser les clôtures combien on aura consommé de carbone et si c est pour aller chercher les vaches avec un quad tout les jours beuf !!!! Je suis pour la metrise du carbone mais là faut pas deconner ! De plus quand j était à l école d agriculture j avait appris qu une vache allant pâturer à plus de 500m perdait 1 litre au km par contre je ne sais pas si c est toujours d actualité
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pipo 1er
Il y a 11 jours
pour moi l emprunte carbone est réglé j ai vendu les vache laitieres et elles sont au pays bas dans des troupeau de 350 vaches moi ma ferme elle ne pollue plus….
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