ManifestationDes bergers montent à Paris pour crier au loup

| Afp

Lyon, 26 nov 2014 (AFP) - Face à « l'ampleur des attaques de loups » ces dernières semaines, des bergers d'Auvergne et de Champagne-Ardenne notamment ont décidé d'aller crier leur désarroi à Paris devant le ministère de l'Ecologie pour demander « un nouveau plan loup efficace ».

Mobilisés à l'appel de la Fédération Nationale Ovine (Fno) et de la Fnsea, ils seront reçus jeudi au ministère de l'Agriculture par le ministre Stéphane le Foll et la directrice de cabinet de la ministre de l'Ecologie, alors qu'ils devaient initialement se rendre au ministère de l'Ecologie, ont indiqué des sources concordantes mercredi.

« On est partis mardi de Brioude (Haute-Loire), nous faisons une étape ce jour à Moulins, c'est une transhumance symbolique. Nous rassemblons éleveurs de Haute-Loire, Cantal, Lozère », a expliqué mercredi à l'Afp Claude Font, président de la section régionale ovine d'Auvergne. Certains éleveurs sont en effet partis en bétaillères avec leurs bêtes qui les accompagneront devant le ministère.

De même, selon un autre responsable régional de la Fno, une trentaine d'éleveurs de moutons et de brebis de Champagne-Ardenne devaient se rendre « par leurs propres moyens » à Paris jeudi pour la manifestation anti-loup. A Strasbourg, quelques dizaines d'éleveurs du Bas-Rhin et de la Moselle s'étaient rassemblés devant le Parlement européen, où une délégation a été reçue par l'eurodéputée (Ump) Anne Sander.

Quelque 300 éleveurs et bergers sont ainsi attendus jeudi dans les rues de la capitale. Le territoire compte en tout 50.000 éleveurs et 5,2 millions de brebis.

Omniprésent et oppressant

« Se faire dévorer par des loups n'a rien de naturel, on est contre le loup à partir du moment où il s'attaque à notre élevage, les chiffres sont là, on est pratiquement à 8.000 victimes et 29 départements touchés par cette prédation », a ajouté Claude Font.

A ce jour, la population de loups est plutôt estimée à 300 avec une progression de la population de 15 à 20 % par an, qui affole les bergers. Au dernier recensement connu, remontant à fin août, l'administration comptabilisait cette année 4.800 victimes du loup, principalement des brebis. Environ 1.000 de plus que l'an dernier à la même date. En 2013, près de 6.800 bêtes avaient été la proie du prédateur, soit plus du double qu'en 2009. « Il y a un accroissement en termes d'attaques, et les protections comme les filets électriques, chiens patous, ou bergers supplémentaires n'y font rien », selon Claude Font. « Le loup est un prédateur qui travaille en meute, chaque fois qu'il y a un mâle dominant il doit trouver un autre territoire, donc il s'étend chaque année », a-t-il ajouté.

Claire, bergère dans le Diois (Drôme), - qui ne participait pas à la manifestation -, a relaté mercredi être elle aussi confrontée aux attaques de loups. « C'est un stress énorme au quotidien, par exemple quand le chien aboie à 3h ou 5h du matin, c'est omniprésent et oppressant, autour de moi les bergers se retrouvent dans le désarroi », a témoigné le bergère. Elle estime qu'« on ne peut pas éradiquer complètement le loup mais ceux qui ont voulu le surprotéger vont s'en mordre les doigts, le loup se reproduit et se déplace hyper vite, les pétards d'effarouchement le font bien rire, il est très malin », ajoute la jeune femme.

Louvetiers à la rescousse ?

Selon Jean-François Carenco, préfet du Rhône et de Rhône-Alpes chargé d'une mission de coordination interrégionale du plan d'action national Loup, « les éleveurs d'ovins sont parfaitement au courant de ce qui se fait, des avancées ». Il a indiqué n'avoir aucune remontée sur une agressivité accrue des loups, qu'évoquent certains bergers.

Alors que le nombre de tirs de prélèvement autorisés par les préfets, plafonné à 24 loups pour 2014-2015, pourra éventuellement être porté à 36 si le nombre de 20 bêtes tuées est atteint, le préfet a indiqué que l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (Oncfs), qui assure un contrôle technique sur ces tirs, allait former davantage de lieutenants de louveterie (louvetiers).

Dans un communiqué, le réseau Cap Loup, ensemble d'associations de protection de la nature, a estimé que les éleveurs « se trompent d'ennemi » : « le loup est une cible très facile à désigner, fédératrice pour des syndicats agricoles dépassés par les difficultés profondes de la filière ovine ». 


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