ReportageDébut des transhumances en Ariège sous la menace de l'ours

| AFP

« Les éleveurs vont vivre un été catastrophique », s'alarme le président de la Chambre d'agriculture de l'Ariège, Philippe Lacube. Sur les Pyrénées, la menace des ours pèse alors que les brebis prennent le chemin des estives, où des troupeaux ont déjà été attaqués.

« Je suis inquiet », confie François Thibaut, en conduisant samedi la transhumance de ses bêtes mêlées à celles de quatre autres éleveurs, depuis Sentein (Ariège) vers les estives du pic de l'Har, dans le Haut-Couserans. « Ça pourrait être l'année idéale, avec ce beau temps », poursuit-il, en surveillant les quelque 800 brebis qui se précipitent sur le chemin après un hiver passé en bergerie.

Mais des attaques ont déjà eu lieu, explique ce jeune éleveur, pour qui la présence d'une quarantaine d'ours dans le massif fera peser « une épée de Damoclès » sur tout l'été. Dans le collimateur notamment, l'ours Goiat, un spécimen importé de Slovénie par l'Espagne en 2016, dont le comportement qualifié d'« anormalement prédateur » suscite l'inquiétude des autorités des deux côtés de la frontière.

Deux femelles slovènes ont aussi été réintroduites dans le massif en 2018 par la France, alimentant la grogne des éleveurs. L'an dernier, en Ariège, où quelque 60 000 brebis passent l'été dans les estives, 448 dossiers de dommages liés à des attaques d'un ours ont été officiellement enregistrés, contre 265 un an auparavant (+ 70 %). Le nombre de bêtes tuées et indemnisées s'est élevé à 645, dont 625 ovins.

Un plan très attendu 

L'Etat a bien promis une feuille de route et des mesures pour garantir la « cohabitation » entre le pastoralisme et les plantigrades, dont la réintroduction a démarré à partir de la fin des années 1990. Mais après la présentation d'un document de travail, en mars, et les recommandations des divers protagonistes, le plan final se fait attendre.

Au grand dam des éleveurs qui, comme le souligne Thomas Vernay de la Confédération paysanne, réclament « des réponses urgentes ». En particulier sur deux points, l'effarouchement de l'animal et son nourrissage.

Des mesures d'effarouchement sont d'ores et déjà prévues par le gouvernement : dans un premier temps via des signaux sonores ou lumineux envoyés par les bergers, puis si nécessaire via des tirs non létaux par des professionnels. Pas suffisant pour les fédérations pastorales et les syndicats agricoles, qui souhaitent un effarouchement systématique réalisé par des professionnels intervenant en prévention. « Pour ça, il faut que l'Etat mette les moyens humains », en multipliant les brigades professionnelles sur le terrain, souligne Philippe Lacube. Soit selon lui de 30 à 40 personnes, rien que sur l'Ariège, contre 10 actuellement. De leur côté, les défenseurs de l'ours, espèce protégée, jugent la panoplie envisagée « contre-productive » et « illégale ».

« Triptyque gagnant » ou pas ?

« Normalement », dit Patrick Leyrissoux, de l'association Férus de protection et conservation des grands prédateurs, « l'effarouchement doit être assuré par les chiens » de bergers. Pour lui, la protection des troupeaux passe par un « triptyque gagnant » : chiens de troupeaux, parcs électrifiés pour la nuit et un berger sur place, « des choses qui marchent ».

François Thibaut et ses quatre confrères avaient trois chiens l'an dernier, ce qui n'a pas empêché la perte de bêtes, rétorquent-ils. Cette année, ils auront deux chiens de plus, et leur parc de nuit va être électrifié. Mais François Thibaut est certain « que l'ours va contourner ces moyens de protection ».

L'expérimentation du nourrissage, destiné à fixer le plantigrade dans les zones forestières, est aussi prévue par l'Etat, qui préconise l'enrichissement de ces zones en espèces végétales. « À notre avis ça ne servira à rien », répond Patrick Leyrissoux. Les acteurs du pastoralisme militent, eux, pour un nourrissage carné, avançant que l'ours a besoin de protéines, raison pour laquelle il s'attaque aux troupeaux. Même dialogue de sourds sur la défense de la biodiversité, invoquée officiellement pour justifier la réintroduction de l'ours.


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