Gestion et financement de l'exploitation laitièreAvoir une grande capacité de résistance pour s'installer

| par Frédéric Hénin | Terre-net média

Un banquier apprécie d'autant mieux un projet d'installation que ce dernier puisse avoir été présenté par un jeune candidat bon gestionnaire et armé pour faire face à des coups durs.


Pour financer une installation, le banquier appréciera en particulier
la capacité
 du porteur de projet de résisiter aux aléas conjoncturels
(© Terre-net Média)

Quant un jeune veut s’installer, il s’installe. Mais outre la viabilité économique de son projet et la contrainte de revenu, ce sera la capacité de son exploitation à faire face aux aléas conjoncturels qui sera déterminante pour apprécier la viabilité de son projet d’installation.

Pour preuve, les dossiers examinés par le Crédit mutuel. Ils continuent à ce jour à être traités sur la base d’un prix de référence du lait de 280 € les mille litres, comme c’était le cas avant la crise !

Ce qui change dorénavant pour apprécier la pertinence d’un dossier de financement soumis à un banquier, et en l’occurrence au Crédit mutuel, ce sont les marges de financement dont dispose le porteur de projet pour faire face à un retournement de conjoncture (baisse de son chiffre d’affaires) pendant six mois, un an voire deux ans. Ce sont ces marges qui conduiront le banquier à accompagner ou non le porteur de projet.

Capacités de résitance

 Autrement dit, le banquier tentera de savoir par exemple si une baisse du prix du lait de 10 % pourra être compensée pendant six mois par une avance exceptionnelle des aides Pac à recevoir sous forme d’un prêt à court terme, par une avance sur cultures ou encore par une modulation des échéances des prêts à contracter. Ce qui suppose que le futur installé n’a pas d’emblée utilisé toutes les marges de financement à sa disposition pour rendre son projet viable. Ce qui suppose que le coût de la reprise ne soit pas excessif, ou encore que le JA dispose dès son installation d’une trésorerie abondante ou qu’il soit compétent pour produire à moindre coût et vendre au mieux ses produits, même si la conjoncture est dégradée.

Les actifs immatériels

Ne produira pas qui veut un million de litres de lait. La fin des quotas ne signifie pas la fin des droits à produire. Les droits d’épandage dont disposera un agriculteur pour s’installer puis se développer seront aussi déterminants que ses capacités à financer ses projets.

La fin des quotas va renforcer d’une manière ou d’une autre la marchandisation des droits d’épandage.

Autre actif immatériel que prendra en compte le banquier est la qualité des contrats de livraisons de lait que l’éleveur aura signés. Ces contrats constitueront des éléments essentiels pour apprécier la viabilité des projets soumis.

Un futur installé qui a l’intention de conduire plusieurs ateliers en parallèle « pour ne pas mettre tous ses œufs dan le même panier » ou mieux, qui rejoindra une société dotée de plusieurs activités de production, réduira la vulnérabilité de son projet aux aléas économiques. Les secteurs de production sont rarement en crise tous en même temps!

« Mais plus que jamais, la réussite d’un projet d’installation repose à 50% sur le facteur humain», assure Jean-Paul Forveille, responsable du marché de l’agriculture du Crédit mutuel Maine-Anjou-Basse-Normandie. Autrement dit, le porteur de projet reste au cœur de son projet ! Etre bon gestionnaire mais aussi être résistant psychologiquement pour faire face à une détérioration de la conjoncture font partie des qualités à avoir pour réussir. Décrocher des diplômes ne suffit pas s’ils ne sont pas valorisés par une expérience de terrain de plusieurs années sur l’exploitation familiale ou chez des tiers.

Cet article s’inscrit dans la série Financement des exploitations laitières, installation, modernisation, investissements et difficultés de trésorerie


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