Comment financer son installation? (5/6)Et si le capital à reprendre n'était pas porté par le jeune agriculteur ?

| par | Terre-net Média

En décembre dernier, Web-agri et Terre-net ont organisé un webinaire sur le financement de l'installation en agriculture, et notamment en élevage laitier. L'occasion pour Benoît Rubin, de l'idele, de présenter plusieurs solutions innovantes utilisées dans d'autres secteurs d'activité et à l'étranger. Peut-être autant de bonnes idées transposables en France à découvrir dans le 5e article de cette série.

elevage de vaches laitieres en nouvelle zelandeEn Nouvelle-Zélande, le share milking permet aux jeunes éleveurs de reprendre progressivement le capital des grosses exploitations laitières. (©Terre-net Média) 

Ces outils émanent d'une étude commanditée par le Cniel et menée par le CER France et l'Idele, relayée dans les articles :
> Les dispositifs présentés ci-dessous ont fait l'objet, en décembre dernier, d'un webinaire organisé par Web-agri et Terre-net avec Benoît Rubin de l'idele. Si vous n'avez pas pu y assister ou voulez le revoir : Accéder gratuitement au replay

Selon Benoît Rubin de l'Institut de l'élevage idele

  • « Les formes d’exploitation évoluent et on voit une tendance :

- à la fin de la capitalisation à 100 % à chaque génération (ce qui est surtout vrai en élevage laitier mais aussi en bovins viande),
- au développement des Gaec, du recours à des apporteur de capitaux extérieurs…

  • De nombreuses solutions de financement de l'installation innovantes, existant à l'étranger ou dans d'autres secteurs d'activité qui ont ou ont eu des problématiques similaires à celles observées en agriculture, sont envisageables et certaines interrogent le statut d’agriculteur : dissociation des fonctions de travail, capital, responsabilité décision.
  • Des évolutions sont possibles et nécessaires pour répondre aux enjeux de :
    - renouvellement des générations
    - risque (aléas climatiques, de marché, etc.)/capital engagé
    - revenu disponible en décalage avec les capitaux investis également. »

1- Coopérative de production

  • C'est quoi ?

Il s'agit de mettre en place ou d'entrer dans une structure coopérative (sociétaire) simplifiant la transmission d'exploitations agricoles et l'installation des jeunes agriculteurs.

  • Comment ça marche ?

> Trois types de coopératives peuvent être créées.

- La Scop (société coopérative ouvrière de production) : SARL ayant le statut coopératif.

Cela existe surtout dans l'industrie (bâtiment en particulier) et l'artisanat, mais peu en agriculture.

- La Scaec (société coopérative d’exploitation agricole en commun) : forme particulière de coopérative avec au moins 7 associés, née avant les Gaec.

- La SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) : rassemblant des salariés, des bénéficiaires (clients, bénévoles, fournisseurs…) et d'autres personnes morales associées (entreprises privées, collectivités locales, associations…). 

> Les associés, qui travaillent sur la ferme, sont salariés de la société qui peut également embaucher des salariés non coopérateurs et faire appel à des apporteurs de capitaux extérieurs (personnes physiques ou morales).

> Organismes compétents : collectivités locales, banques, FN et FRScop, Coop de France…

  • Les atouts et contraintes

financement installation agricole societes cooperativesRécapitulatif des atouts/contraintes des sociétés coopératives de production. Cliquer sur l'image pour l'agrandir. (©Benoît Rubin, idele) 

  • Qu'en conclure ?

> Il faudrait :

- Monter ces structures juridiques plusieurs années avant la retraite.

- Des adaptations politiques afin de pouvoir bénéficier des aides à l'installation et du 2e pilier de la Pac.

- Des financements des collectivités locales ou des filières.

> Des questions restent en suspens : comment assurer la première génération et la valorisation du capital pour le cédant ?

2- Share farming

  • C'est quoi ?

Très fréquent en Nouvelle-Zélande (17 % des exploitations), le share farming (ou share milking en élevage laitier) est un contrat entre deux personnes physiques ou morales avec mise en commun du foncier, des moyens de production et du résultat.

En Nouvelle-Zélande, on ne s'installe pas à 22-23 ans mais progressivement afin d'acquérir de l'expérience et de monter en compétence. (Benoît Rubin, idele)

  • Comment ça marche ?

> Division de l’acte de production en plusieurs étapes, partagées ou confiées à un seul "share milker" (contractant).

Même chose pour le revenu dégagé, selon les tâches et charges respectives.

financement installation agricole exemple share milking 50 50Exemple du share milking 50-50. Cliquer sur l'image pour l'agrandir. (©Benoît Rubin, Idele) 

« Les dividendes liés aux parts sociales représentent une somme importante en Nouvelle-Zélande, presque un an de chiffre d'affaires », précise Benoît Rubin.

  • Les atouts et contraintes

financement installation agricole share milking Récapitulatif des atouts/contraintes du share milking. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.(©Benoît Rubin, Idele) 

  • Qu'en conclure ?

- Difficilement transposable en France : EBE en baisse de 60 % et revenu disponible négatif.

- De nombreuses questions d’ordre politique et culturel : est-ce un retour au métayage ou d’une réelle opportunité pour devenir éleveur laitier ? Le métier de producteur de lait peut-il ou non se segmenter en plusieurs (traite, gestion de troupeau, décisions stratégiques, apport de capitaux…) comme c'est parfois le cas à l'étranger ?

3- Société de fait avec statut de copropriété

  • C'est quoi ?

Une société entre un jeune et une société anonyme coopérative du secteur de la pêche) : le bateau est en copropriété (20 % minimum pour le pêcheur) avant d'être acheté par le repreneur au bout de 10 ans.

  • Comment ça marche ?

> Pendant les 10 années de copropriété :

- Répartition annuelle du résultat selon le capital apporté (EBE après paiement des charges de main-d’œuvre et de grosse réparation).

- Rémunération des travailleurs (patron et salarié(s)) en fonction des produits.

> Au terme des 10 ans : estimation de la valeur du bien en fonction du marché.

  • Les atouts et contraintes

financement installation agricole societes de fait avec statut coopropriete Récapitulatif des atouts/contraintes des sociétés de fait avec statut de copropriété. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.(©Benoît Rubin, Idele)

  • Qu'en conclure ?

Pour être appliquée en agriculture, cette solution (simple juridiquement) nécessiterait l’intervention d’un partenaire de la filière (entreprise d’amont ou d’aval, interprofession…).

4- Fonds d'investissement

  • C'est quoi ?

C'est un apport de fonds propres par des capitaux extérieurs (personnes physiques ou morales), via une société "holding" représentant ces apporteurs de capitaux.

  • Comment ça marche ?

- Prise de participation au capital de l’entreprise agricole, sur une période de temps limitée définie dès le début.

- Modalités encadrées via un accord et un pacte d’associés (sortie de la holding, suivi, objectifs de rentabilité).

> 3 types avec 3 buts différents :

- Fonds d’investissement privés : rentabilité et défiscalisation (ex. : Labeliance Agri basé sur le Pacte Dutreil).

- Société issue de la filière : sécurisation de l'approvisionnement (ex. : Soléo Développement).

- SCIC (dont collectivités locales).

> Organismes compétents : dispositif Labeliance Agri, partenaire du Gufa (Groupement d’utilisation de financements agricoles) associé au capital des sociétés d’exploitation (SCEA), ou Soléo développement.

  • Les atouts

- Davantage de fonds propres.

- Pas de décapitalisation.

- Effet levier bancaire : partage des risques, caution.

- Étude et suivi du projet en amont et durant le portage par quelqu'un d'extérieur.

  • Les contraintes

- Coût élevé (en particulier à terme avec le rachat des parts).

- Pas adapté au foncier (durée trop courte).

- Frein culturel : entrée d’actionnaires privés extérieurs dans le capital de l’entreprise agricole, partage du capital et des décisions

- Prise de décisions et gestion des imprévus durant le portage.

- Création d'une SCEA : responsabilité illimitée et pas de transparence pour les aides de la Pac.

  • Qu'en conclure ?

- Coût et délais de portage du capital incompatibles aujourd'hui avec le niveau de rentabilité et le cycle économique des exploitations, notamment laitières.

Pistes d'amélioration : des fonds patients (financement plus long pour un coût plus faible) ou intervention de la puissance publique et de différents opérateurs ayant des intérêts autres que le retour sur investissement.

- Nécessité de racheter les parts du fonds d’investissement en fin de contrat via un financement bancaire.

À suivre dans les semaines à venir : un article sur les moyens de sécuriser financièrement son projet d'installation et une fiche récapitulative de toutes les solutions de financement à disposition des jeunes repreneurs en agriculture, dans d'autres secteurs d'activité et à l'étranger et qui pourraient être transposées dans le domaine agricole...

Source : 6 thématiques d'actions et 20 fiches solutions de financement pour aider l'installation des jeunes agriculteurs en élevage laitier, présentées lors du séminaire économique Cniel-FranceAgriMer « Installation des jeunes agriculteurs en élevages laitiers », décembre 2019.


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DÉJÀ 9 RÉACTIONS


Massol
Il y a 13 jours
Vive la collectivisation néolibérale qui aura à la fin le même résultat que la communiste il y a 25 ans en URSS .résultat à la fin les terres privées (vivrière) étaient 20 fois plus productives que les collectives . Ils ont mis 20ans à s’en remettre .
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vik
Il y a 14 jours
C'est ça oui ! ces ti qu'il y a de l'argent a prendre dans quelques années ,mais bien sur , nous y voila ,aujourd'hui pour les investisseurs de terres agricoles et demain .mettre nos petites mains a dispositions des géants
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Rino
Il y a 15 jours
Lorsque mes parents se sont installés en 1967 , ma mère a fourni 7 vaches et mon père 5. Fin de carrière 1993 avec 23 vaches et 30 hectares.... Transmission en grande pompe vers un JA familial.
Février 2021 le repreneur de l’époque est toujours en poste en AB et les retraités eux n’arrivent toujours pas à consommer le montant de leurs retraites cumulées ! (2100€).
Dans cette ferme en l’ignorant l’Acs a fait son apparition tout bonnement....depuis 30 ans maintenant et avec toujours une référence laitière modeste; 250000l.
À chacun son analyse mais les méthodes de financement actuels mis en évidence dans ce reportage dépassent mon imagination
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Terminé
Il y a 15 jours
C'est incroyable aveuglement de techniciens qui veulent installer à tout prix qui croient que c'est encore possible.... Ils rêvent.. Et propose à la France des systèmes de pays étrangers... Qq soit votre système à l heure où l on se parle le lait n'est plus rentable en France, il ne renumere ni le travai ni les investissements pour être aux normes et donc de surcroît ne peut plus financer la transmission de générations.
On veut des agriculteurs pour servir les industries agro-alimentaire qui margent plus gros qu eux et des GMS qui se foutent royalement des agriculteurs. Leur unique et seul but acheter les produits laitiers en millions de tonnes le moins chère possible grâce a leur centrale d achat.
Le pauvre agriculteur il y a bien longtemps déjà qu il est humilié et non respecté.
Vous avez beau prendre tout vos systèmes. Il faudra bien se rendre à l évidence de prendre les coûts de production du lait en France et voir qu elle politique on tient. Il est lamentable d installer coûte que coûte si non rentable. Une exploitation doit vivre intégralement de ses produits. Renumerer son travail et ses investissements.
Or on est très très loin du compte, ce n'est pas en nous ramenant vos formules miracles d espèces de société qui va faire changer les choses. La politique française ne soutient et ne défend plus son agriculture. Nous sommes dans un réel déclin un point c est tout. Je ne comprends pas pourquoi que tout ces gens ne veulent pas l admettre...
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Maec
Il y a 14 jours
Danone redonne du lait à ceux qui veulent en faire plus, et il y a du monde au portillon...
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Guillaume
Il y a 16 jours
Je suis entièrement d accord avec mes 3 collègues. Si l activité laitière était rémunératrice le problème du financement de l installation ne se poserait pas.
Pour le bon fonctionnement de nos coops et autres privés il faut renouveller les esclaves pour continuer le business...
Mais attention cela fait 30 ans que nous sommes pris pour des truffes mais la collectes française s ecroule depuis quelques mois.
Pas sur que les jeunes acceptés de travailler comme nous.
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PàgraT
Il y a 16 jours
On réinvente le servage. Il vaut mieux être salarié, c'est plus clair. Si les conditions avaient été telles quand je me suis installé, il me semble que j'aurai préféré faire un autre métier!
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debutant
Il y a 16 jours
alors le foncier plus possible , les investisseurs donc les terres louées a des prix élevés , ensuite plus capable d acheter des vaches alors location a des prix très élevés , ensuite plus capable de payer le bâtiment alors un investisseur qui lui réclamera autre chose que du 0.5 pct par an , ensuite plus capable d acheter un tracteur donc location vente a un prix de fou .....je continue ou j arrête ......au finish il ne s agit plus d une installation mais d un jeune intégré salarié .......faut peut être reprendre la problème a l envers .Celui de prix rémunérateurs indexes sur l inflation , car je déconseille aux jeunes de s installer dans de telle conditions .
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grrr
Il y a 16 jours
beaucoup de jus de cerveau dépensé pour juste légitimer que dans l'état actuel il n'est globalement pas possible de vivre comme tous et acquérir le capital d'exploitation simultanément faute d'une rentabilité suffisante.....et la pression sur le prix à la production se renforce. Les 388 prix de base (issus des 403 totaux) sont incompatibles avec la pression de la distribution française à quelques 20 € près.
alors ?
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