Revue des réseauxCharge de travail importante : une (ré)organisation s'impose !

| par | Terre-net Média

En hiver, la charge de travail est plus importante dans les élevages bovins. En effet, une grande majorité des bêtes sont en bâtiment, ce qui augmente le nombre de tâches et le temps de travail d'astreinte (paillage, raclage, alimentation, traite, soin des veaux...). Sur les réseaux sociaux, les éleveurs échangent entre eux quant à leur organisation et certains émettent quelques pistes pour améliorer l'organisation et gagner du temps.

Sur les réseaux sociaux, les éleveurs parlent d'organisation du temps de travail et cherchent des pistes pour gagner du temps. Quelques précieuses minutes sont à grapiller sur de nombreux postes comme l'alimentation, la traite, le raclage etc.Sur les réseaux sociaux, les éleveurs parlent d'organisation du temps de travail et cherchent des pistes pour gagner du temps. Quelques précieuses minutes sont à grappiller sur de nombreux postes comme l'alimentation, la traite, le raclage etc. (©Terre-net-média)

Sur les groupes Facebook, les éleveurs sont nombreux à échanger quant à leurs pratiques quotidiennes. Récemment, l'un d'entre eux a posé une question sur La page des producteurs de lait : « Quelle est votre organisation en bovin lait pour l'hiver ? »

Une astreinte quotidienne à laquelle on ne peut échapper

Il explique passer beaucoup de temps et demande à ses confrères quelques exemples pour optimiser les journées sans baisser la production. : « De mon coté, tout seul, c'est : 6h30 traite, 8h distribution ensilage puis correcteur, 15 min après : concentré de production, ébouser, paillage puis les vaches détachées vers 9h30 - 10h. Retour à 16h : raclage pendant que les vaches sont sur l'aire paillée, désiler, correcteur 2e fois concentré 2e fois, pailler, 18h traite, 19h30 fin. Il y a actuellement 27 vaches à la traite je trouve que c'est beaucoup de combat pour peu de choses. »

Les réponses sont nombreuses. Pour gagner du temps, certains lui conseillent de distribuer la ration une seule fois par jour au lieu de deux ou encore de nourrir les lots de vaches taries et génisses tous les deux jours. D'autres pistes sont envisagées comme l'installation d'un Dac ou au contraire passer en ration complète. Quelques éleveurs lui conseillent aussi de ne racler qu'une fois tous les deux jours.

Les éleveurs qui travaillent seuls font de nombreux sacrifices sur leur vie privée.Autre témoignage : Antoine Thibault (allias Agriskippy) explique dans une nouvelle vidéo postée sur sa chaine Youtube son rythme de travail actuel :

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

Après avoir pris des stagiaires, des apprentis et travaillé en collaboration avec un voisin, l'éleveur dispose maintenant (et depuis 4 ans) d'une salariée à temps plein sur l'élevage. En revanche, cette dernière étant en arrêt maladie depuis la mi-décembre, Antoine travaille actuellement seul sur son élevage. « Heureusement, la charge de travail est moins importante en cette période : je n'ai pas de travaux dans les champs champs ou de vêlages prévus, ça n'est que de la routine. Par contre, je dois être bien organisé car je suis seul. »

Pour s'y retrouver, l'éleveur établie des listes de tâches à accomplir. Il s'organise également de façon à n'avoir qu'un minimum de choses à faire les mercredis, samedis et dimanches pour passer du temps en famille. « Ces jours-là, je n'ai que le travail d'astreinte à faire, ce qui représente entre 6 et 7 h par jour. Les journées complètes, je fais environ 11 h par jour, soit environ 60 h/semaine. » En étant actuellement seul sur l'exploitation, il confie ne pas réussir à tout faire : « Le rangement hebdomadaire n'est pas fait par exemple, et je n'ai pas pris le temps de m'occuper d'une vache boiteuse l'autre jour. »

Il aborde également la question de la pénibilité du travail (notamment liée à la traite) et l'isolement. « Je ne suis parfois pas motivé à ressortir le dimanche soir mais lorsque je suis à la traite, je suis content parce que j'aime mon métier. En revanche, même si la plupart des fermes laitières sont aujourd'hui en association ou disposent de salariés, il reste encore beaucoup d'agriculteurs et agricultrices qui font ça seuls et ça engendre de nombreux sacrifices, il ne faut pas l'oublier. »

S'organiser et Investir pour gagner du temps

Pour maîtriser le travail d'astreinte, l'organisation des tâches est primordiale. Des leviers sont envisageables : l'éleveur peut par exemple limiter son temps d'alimentation en ne distribuant la ration qu'une fois par jour. De plus, une étude menée par Arvalis et l'Idele a récemment montré qu'il n'y avait aucune différence au niveau des performances entre des vaches recevant plusieurs distributions de fourrages et d'autres n'en recevant qu'une seule.

On peut aussi limiter la distribution pour certains lots comme préconisé plus haut (distribuer la ration des génisses et des taries tous les deux jours par exemple). Là-dessus, mieux vaut ne pas nourrir plus d'animaux que nécessaire. Ça limitera non seulement le temps à y consacrer mais ça réduira aussi la consommation de fourrages. Enfin, l'organisation du travail passe également par la disposition des choses : mieux vaut grouper le stockage des aliments et du fourrage pour éviter les allers-retours lors de la préparation de la ration.

Déléguer des tâches en embauchant de la main-d'œuvre ou en investissant dans du matériel

« Le temps c'est de l'argent », affirment certains. En effet, il est aussi possible d'investir pour gagner du temps. Ça peut passer par l'installation de racleurs, l'ajout d'un ou plusieurs postes dans la salle de traite, ou carrément par l'installation d'un robot (de traite, d'alimentation, un robot repousse fourrage, un robot de paillage...). En revanche, ces projets d'investissement sont à bien calculer pour évaluer leur coût horaire. Ils peuvent d'ailleurs être comparés à l'embauche d'un salarié ou d'un remplaçant ponctuel en cas de pics de travail.

Dans une fiche technique dédiée à l'organisation du travail en élevage laitier, l'Idele recense plusieurs témoignages d'éleveurs des Pays de Loire. L'un d'entre eux explique l'organisation particulière des associés du Gaec sur la période hivernale (ferme laitière avec des volailles et des cultures) : « Au départ, cette organisation a été mise en place sur deux semaines consécutives : celle de Noël et celle du premier de l'an. Aujourd'hui, elle dure cinq semaines. Sur cette période, du lundi au vendredi, tout le monde fait son travail le matin jusqu'à 9h30 - 10h puis chacun est libre. Le soir, seul, un des cinq associés fait le travail, il repousse les fourrages, nettoie les logettes, fait la traite et un tour aux poulaillers. Pour mener à bien ces tâches, il recommence à 16h15 au lieu de 16h30 pour finir vers 20h au lieu de 19h15 autrement. »

Une surveillance la nuit du côté des allaitants

Du côté des éleveurs allaitants, c'est PH Paysan heureux qui aborde l'organisation actuelle de ses journées dans une nouvelle vidéo postée sur sa chaine Youtube :

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

Dans son tracteur, PH explique : « Je peux surveiller les vaches de chez moi grâce à une caméra installée dans le bâtiment. Je me lève alors une fois par nuit pour jeter un coup d'œil aux animaux et j'y retourne vers 6h le matin avant de démarrer ma journée. » L'éleveur enchaîne ensuite par la distribution des concentrés dans les bâtiments comme au pâturage, puis il apporte les fourrages. Il termine sa matinée en paillant ses lots. À ce travail d'astreinte s'ajoutent quelques tâches ponctuelles comme les vêlages, faire boire un veau qui a du mal à téter ou encore soigner un animal malade. Il explique : « Mieux vaut intervenir lorsqu'on distribue la ration car on peut bloquer les animaux aux cornadis. »


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DÉJÀ 13 RÉACTIONS


ceres
Il y a 163 jours
ca restera toujours le meme probleme car en elevage on travaille avec du vivant .l annee ou tout roule c est facile et une autre annee avec la meme organisation tout peut devenir galere et etre depassè .il suffit d avoir un probleme sanitaire
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fink
Il y a 167 jours
vous dites que l'état est responsable,j'ajouterai que les agris aussi sont responsables et de la faute à la Fnsea qui les a manipuler dans tout les sens à ne pus savoir où donner de la tête...Au point qu'ils se sont détournés des urnes ! Et c pire que ma prévision!(il m'est formellement interdit de faire part des résultats de participation mais je les ais sous les yeux ,et la journée du 31 n'y changera plus rien)Le record depuis 1924! Moi je dis la Fnsea est une machine à fabriquer des billets et à broyer les hommes.En 2019 le fiasco va s'accentuer,c'est épouventanble.
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Changement
Il y a 167 jours
Hub, je suis d accord, mais c'est tout le drame des agriculteurs qui ne sont pas solidaires qui se sont fait capter leur production par l aval.. Heureusement que des électeurs sont encore heureux.. Mais beaucoup arrêtent obligés contraints même avec tout le courage qu ils ont cela ne suffit plus parce que l environnement actuel lui est complètement défavorable justement.. Vous ne pouvez pas pas lutter sauf si on se met ensemble et ce n'est pas le cas... Que des eleveurs fassent faillite tout le monde s en fou que certains se suicident.. Aussi... Le rouleau compresseur il est bien là.. Combien continuent encore par passion.. Mais sont devenus salariés chez eux ils ont vendus leur terre leur ferme à des investisseurs.. Être autonome de bout en bout heureux comme vous le dites se raréfie... Tout les reportages nous le montre il va y avoir une très grande difficulté à transmettre avec des agriculteurs non solidaires, l état est responsable aussi.. Il a su diviser pour mieux régner...
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titian
Il y a 167 jours
Bien sûr c'est toujours la même rengaine, la même politique : ça ce passe bien pour certains ou il y en a qui y arrivent...
La masse elle fait quoi et elle est ou pendant ce temps là ?
Eh bien moi je sais pas, mais une société humaine qui ce pense évoluée avec bientôt moins de 3% d'agriculteurs, j'ai bien peur qu'elle soit déjà en perdition.
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steph72
Il y a 168 jours
'40 VL par travailleur etant suffisant ,après c'est la galère c'est pour ça qu'a partir de 50 VL de plus en plus passent en traite robotisée.

On a poussé les agriculteurs à faire toujours plus en les faisant espérer qu'ils allaient gagner plus alors que c'est l'inverse ,ils ont plein de travail,la tete dans le guidon sans avoir de marge de manœuvre dans l'organisation du travail;Si le lait etait correctement rémunéré on aurait plus de jeune motivés et de plus petits troupeaux gérable pour une personne.

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hub
Il y a 167 jours
@Changement ,pour votre info ,il y a encore des eleveurs qui aiment ce qu'il font,qui prennent le temps de vivre et qui en vivent tres bien, apres tout dépend ou on place le curseur...
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Changement
Il y a 168 jours
Antoine nous démontre en fait la non rentabilité de l élevage en France. Et toute la problématique d avoir chaque jour la main d œuvre compétente pour chaque élevage laitier.Antoine est en ce moment dans la plus grande inconnue son employée en arrêt.. reprendra t
elle? Antoine a t il fait le choix de vraiment rester seul pendant cette période ? Pouvait elle être remplacée ??? Ou choix volontaire pour ce dégager un peu plus de trésorerie... Mais il s aperçoit quand même que du travail en retard s accumule... L astreinte obligatoire comme il le dit est déjà à 6 7h donc par 7 jours vous faites le calcul il est déjà au dessus du temps de travail légal.... Il nous montre aussi les difficultés physiques de la traite... Etc... Bien sûr il gère il a tout le moral pour tout cela... Sauf qu'il ne faut pas qu'il tombe malade... Car quand les exploitants sont malades. Au bout de 6 mois... Je ne vous dis pas dans quel état vous retrouvez votre élevage... En sucette déglingué...
Tout cela doit faire réfléchir.. Comment va t on renouveler les élevages français devenus non rentables car il faut bien se l avouer c est devenu un travail inhumain.. Combien de gens seuls... Sans aucune vie privée... L amour est dans le pré ne montre pas la réalité du travail dans les exploitations... Ils ont eu aussi un suicide faut il le rappeler. Les pouvoirs publics ont fait mettre les exploitations aux normes avec un travail monumentale non rentable.. En plus trouver un salarié est devenu quasi impossible.. L éleveur se retrouve seul avec de plus en plus de prestataires autour de lui qu il paie mais ne font surtout pas son travail... Je pose la question qu est-ce qui peut attirer un éleveur aujourd'hui ???? Le plus beau métier du monde comme certains disent cela se saurait ?? Beaucoup d éleveurs arrêtent et s ennuient d être quitte....
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Moty
Il y a 169 jours
Merci Patrice & David pour ce beau témoignage.
Je suis réservé mais je me lance " j'ose " parler de notre organisation pour la période " la + hivernale " en Bretagne. Chez nous ( en couple ) pas de traite du 07 décembre ( anniversaire de Mme ) et reprise le 14 Fevrier ( à la St Valentin ) ce sont les 1ers velages. Donc 65 à 70 jours sans traite.
Les VL étant toutes taries en ce moment ( alimentation FOIN pour tout le monde )
donc 2h à 2h30 par jour tout compris . Et 1h30 de tracteur par semaine.
Dés la reprise de la traite , le paturâge recommence et donc diminution du temps d'affouragement, de raclage et de paillage.
Bon courage à tous
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Patrice Brachet
Il y a 169 jours
Hub merci de votre soutien par contre je ne prendrai ( sauf si je crève entre-temps) ma retraite qu à la fin du rj ( mon fils n a pas à supporter ce fardeau tout seul) ensuite l avenir est plein de surprise ( des mauvaises et des bonnes) amicalement patrice
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hub
Il y a 169 jours
Oui j'ai vu Patrice , tres interressant ,impressionnant !! Mais j'arrive tjrs pas a comprendre pourquoi on vous embete, vous ne dites rien de mal ? Et sinon comment compte faire votre fils quand vs allez partir en retraite ?
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