Marques distributeursCasino, Auchan, Metro et Schiever vont devoir limiter leurs achats en commun

| AFP

L'Autorité de la concurrence a, pour la première fois, imposé à quatre distributeurs dont Casino et Auchan de réduire pendant cinq ans leurs achats en commun destinés à leurs produits de marques distributeurs, qui risquaient de fragiliser les petits producteurs.

Jeudi le gendarme de la concurrence a « accepté » dans le cadre d'une procédure négociée, les engagements proposés par Casino, Metro, Auchan et son franchisé Schiever, visant à « répondre aux risques d'atteinte à la concurrence » que présentait leur accord de coopération sur les produits à marques de distributeurs. Cette décision est la première que rend l'Autorité dans le nouveau cadre fixé par la loi Alimentation (Egalim) du 30 octobre 2018, qui lui permet de suspendre les accords à l'achat s'ils occasionnent des atteintes à la concurrence.

Casino, Metro, Auchan et Schiever vont cesser leurs achats via leur centrale d'achat commune « Horizon », créée en 2018, sur « six catégories de produits agricoles ou issus de secteurs connaissant des difficultés économiques » : le lait frais et à conservation longue durée, le cidre, les œufs, la charcuterie cuite vendue en libre service ainsi que les « lardons, allumettes, chiffonnades de jambons cuits ou jambons sec ».

Pour le lait et les œufs, des contrats « de filière » associant producteurs, industriels et distributeurs ne dépassant pas 5 % du volume des ventes des produits concernés, pourront toutefois être passés. 

« C'est une bonne nouvelle pour nous, s'est réjoui Daniel Perrin, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), association spécialisée de la FNSEA. « Ça va dans le bon sens. On espère maintenant que ce sera pareil concernant d'autres distributeurs. » « La faiblesse des récoltes de pommes en 2018 et 2019 et l'impact du Covid-19 (baisse des ventes jusqu'à - 50 % pendant le confinement, ndlr) mettent en danger la filière. L'engagement pris par les distributeurs d'Horizon de sortir la catégorie des cidres du champ de l'accord est à saluer« , a ajouté Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole.

Casino, Auchan, Metro et Schiever doivent aussi cesser de passer des commandes en commun pour 27 autres « sous-catégories de familles » de produits telles que les conserves de poissons et de viandes, le poisson pané surgelé, les viandes et volailles surgelées, les apéritifs et les digestifs. Les marques distributeurs de Casino les plus connues du grand public sont celles des enseignes Franprix, Monoprix, Leader Price. Celles d'Auchan se nomment Auchan Bio, Mmm!, Pouce, Rik & Rok ou Actuel.

Pour 12 familles de produits, les volumes d'achat en commun ne devront pas dépasser 15 % du total: il s'agit des pommes de terre, des farines, des sucres, des sirops ou des conserves de légumes notamment.

Zéro effet bénéfique pour les agriculteurs 

Le gendarme de la concurrence redoutait que les accords conclus entre les quatre groupes pour leurs marques distributeurs ne diminuent la concurrence entre eux, en amenant à « homogénéiser » ces produits. Il craignait aussi que les conditions contractuelles déjà « généralement défavorables aux fournisseurs », des PME et TPE « exposées à un changement brutal des conditions de commercialisation de leurs produits », ne se dégradent davantage. Sur un secteur dont les volumes de ventes ont baissé, à la rentabilité déjà « relativement faible » pour les fabricants, ces accords risquent de diminuer encore leur marge et par ricochet de réduire leur « capacité à investir et à innover  », voire de leur faire quitter ce marché.

Or ces PME et TPE de taille modeste sont « par nature plus exposées à un changement brutal des conditions de commercialisation de leurs produits », baisse de prix ou perte de volumes.

Interrogé par l'AFP, Denis Perreau, paysan installé en Côte d'Or par ailleurs secrétaire national de la Confédération paysanne, a estimé que la décision du jour « n'aura un effet bénéfique "éventuel" que sur les transformateurs, donc il n'y aura aucune retombée chez les agriculteurs  ». Pour lui, l'État devrait « encadrer les marges, en régulant les volumes de production pour maintenir les prix ».  Le gendarme de la concurrence précise qu'il « maintiendra une surveillance forte de l'impact de ces accords » dans la durée, comme le lui permet la loi Egalim et que les deux autres enquêtes lancées par l'Autorité (Système U et alliance Carrefour-Tesco) se poursuivent.


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