Caroline Joguet, miss agri 2017«Défendre la féminité et le monde agricole» (interview)

| par | Terre-net Média

Miss France est agricultrice ! Le même soir que la vraie Miss France, Caroline Joguet a été élue miss agri 2017. Propulsée comme l'une des représentantes du monde agricole, elle y voit l'occasion de défendre l'image des femmes en agriculture. Plus largement, elle entend bien en profiter pour défendre le monde agricole qui va mal. Mais pas question de prendre la grosse tête. À 25 ans, Caroline reste avant tout une paysanne qui a les pieds sur terre. En Gaec avec ses parents en Savoie, elle mène un élevage de 90 chèvres avec transformation fromagère et un troupeau de 30 vaches laitières.

Caroline Joguet, agricultrice élue miss agri 2017C'est avec cette photo que Caroline Joguet, éleveuse de chèvres en Savoie, a été élue miss agri 2017. (© Photo Cyril Chevalier-Gachet) 

Fraîchement élue miss agri 2017 (appelée aussi Miss France agricole), Caroline Joguet est encore sous le coup d'une double surprise. D'abord d'avoir été choisie, ensuite de l'impact qu'elle constate déjà avec de nombreux messages reçus et des demandes des médias. Qui est-elle, que fait-elle sur la ferme, pourquoi s'est-elle présentée, quelles valeurs veut-elle défendre ? La jeune éleveuse nous en dit plus avec cette première interview accordée à Terre-net Média. 

Pour en savoir plus sur l'élection de miss et mister agri, lire « Sur Facebook : c’est parti pour l’édition 2017 de miss agri et mister agri ! ».

Et pour le palmarès complet avec les photos et présentations des lauréats, rendez-vous sur : « Miss et mister agri : photos et palmarès complet des lauréats pour 2017 ».

Terre-net Média : Caroline, pourquoi vous-êtes vous présentée au concours miss agri 2017 ?

Caroline Joguet : Ça fait quelques années que je regarde ce concours, je trouve ça super que les femmes osent montrer qu'il y a de la féminité dans l'agriculture. Je n'ai jamais osé m'inscrire par moi-même. L'année dernière j'avais hésité. Mais on a peur de ce que les gens vont penser. Et il y a quand même de "super belles nanas"... On se dit qu'on va "se prendre une claque" ! Cette année mon stagiaire m'a convaincu qu'il fallait m'inscrire. Il a pris une photo et a fait les démarches puis je me suis prise au jeu et j'ai publié sur mon profil Facebook pour obtenir un maximum de likes. Mon objectif était juste d'essayer d'être sélectionnée parmi les 20 finalistes. Pendant les votes j'ai eu des retours de gens qui trouvent très bien le fait de représenter la femme dans le monde agricole.

Nous sommes des femmes comme les autres

Terre-net Média : Pensez-vous qu'il faut changer l'image des agricultrices ?

Caroline Joguet : Oui. J'ai beaucoup d'amis hors du monde agricole, ils ont souvent l'image de l'agriculteur que l'on reconnaît dans la rue. Par exemple ils imaginent l'agricultrice avec son fichu sur la tête et son tablier. C'est une image que j'essaye de casser. 

Terre-net Média : Le fait d'être élue miss agri peut vous y aider ?

Caroline Joguet : Oui. Du coup je vais y aller à fond. J'espère avoir les bonnes paroles pour montrer que nous sommes des femmes comme les autres, même quand on élève des animaux ou qu'on est dans les champs. Nous sommes comme tout le monde, nous aimons aller chez le coiffeur, nous faire belles...

Même dans le monde agricole, l'image de la femme commence à changer car il y a plus de femmes chefs d'exploitation. Mais cela avance bien timidement.

"Dans la plupart des productions agricoles ça se casse la gueule !"

Terre-net Média : Les organisatrices de ce concours (les trois miss agri des années précédentes) ont insisté sur le rôle de représentantes du monde agricole qu'elles ont eu à tenir. Par exemple en répondant aux sollicitations des médias et en allant visiter le Salon international de l'agriculture de Paris. Depuis votre élection samedi soir (le 17 décembre), vous avez déjà pensé à des choses à faire ?

Caroline Joguet : Pas encore, mais je veux participer à défendre le monde agricole qui continue à mourir. Il faut que les gens et les politiciens prennent conscience que ça ne peut pas durer comme ça. Avec les autres miss nous devons bien préparer notre venue au Salon de l'agriculture. Nous voulons participer à montrer au grand public que "dans la plupart des productions agricoles ça se casse la gueule". Excusez mon franc parler, mais à ce point là ça commence à faire peur !

L'élection présidentielle arrive bientôt, il faut en profiter pour essayer de se faire entendre du grand public, des médias et des politiciens, de faire du buzz pour défendre le monde agricole qui va mal. La plupart des personnes autour de nous ne comprennent pas ce qui se passe, il faut leur dire et leur expliquer. Regardez par exemple le lait qui arrive de l'étranger, l'alimentaire qui passe par des gros groupes qui nous tuent...

Terre-net Média : Dans votre région cela se passe bien pourtant ?

Caroline Joguet : Dans ma zone l'agriculture est très dynamique. On vit du tourisme. La zone laitière AOP nous permet de mieux valoriser notre lait grâce aux coopératives soudées pour un seul produit. Notre chance c'est le dynamisme de la zone Beaufort et nos présidents qui se démènent pour la valorisation de notre lait. On peut dire que nous sommes des agriculteurs heureux

Par contre tout n'est pas rose : les charges sont plus importante en haute montagne. Mais on se rend bien compte que pour les "agriculteurs d'en bas" (comme on dit chez nous) c'est une catastrophe. Quand on voit leur prix du lait c'est honteux ! Je veux parler pour eux.

Notre chance c'est le dynamisme de la zone Beaufort et nos coopératives soudées

Terre-net Média : Pouvez-vous nous parler de vous et de votre exploitation ?

Caroline Joguet : J'ai 25 ans et j'habite dans le Beaufortain, à Arêche Beaufort, une petite station de ski en montagne. Dans le Gaec des deux laits, je suis associée à mes parents depuis deux ans. Ils ont une trentaine de vaches laitières (Adondance et Tarine, les deux races autorisées pour l'AOP Beaufort). Moi je me suis lancée en chèvres. J'en ai toujours eu depuis l'âge de 12-13 ans. Mon père m'en a d'abord acheté deux ou trois... Jusqu'à ce que je lance mon élevage de 90 chèvres laitières. La totalité du lait est transformée en fromages au lait cru. Mes parents m'aident en transformation et en affinage des fromages.

Caroline Joguet et ses chèvres en route pour l'alpageCaroline Joguet, été 2016, en alpage avec ses chèvres : « En route vers notre terrain de jeu favori ! » (© Caroline Joguet via Facebook) 

Terre-net Média : Comment vendez-vous vos fromages ?

Caroline Joguet : Je passe à la fois par la coopérative et par un affineur, chacun écoulant environ la moitié de ma production.

Généralement il y a une meilleure valorisation des produits en vente directe mais il faudrait de la main d'oeuvre et être toujours présent sur l'exploitation. Ici, notre coopérative valorise très bien notre fromage, qu'elle nous achète pour vendre en magasins dans les stations de ski.

Je travaille aussi avec Hervé Mons, affineur très connu qui habite en Auvergne. Je fabrique les fromages, il les affine. Il écoule à peu près 50 % de ma production. C'est un beau circuit de distribution, pour la valorisation du fromage, le prix des produits et les valeurs humaines. Travailler avec lui est formidable. Je reçois ses clients et grossistes, dont pas mal d'étrangers, et cela m'ouvre au monde. Je parle avec plein de gens formidables. Humainement c'est plus qu'un client.

Avant de m'installer je voulais aller voir ce qui se faisait aux États-Unis

Terre-net Média : Comment avez-vous été amenée à travailler avec Hervé Mons pour l'affinage de vos fromages ?

Caroline Joguet : Je l'ai rencontré aux États-Unis. Passionnée depuis longtemps par le fromage, je le considère un peu "comme mon idole". Je connais très bien sa commerciale aux USA Laure Dubouloz (fille d'un grand fromager) qui habite à Brooklyn et m'affirmait que les Américains savent faire du très bon fromage. Quand j'étais en bac agricole (en Haute-Savoie) je voulais donc aller découvrir cela sur place avant de m'installer.

On a une image des Américains assez fausse. Dans le Vermont, état le plus rural des US j'ai été très surprise : ce sont des petites structures, un peu comme dans la zone Beaufort, avec des élevages d'une trentaine de vaches laitières, 50 au plus, beaucoup d'étables entravées et très peu de stabulations. Ils ont monté une coopérative qui ramasse le lait cru pour le transformer en fromages, avec des grosses caves d'affinage (à l'américaine donc grandioses).

C'est là-bas que j'ai rencontré Hervé et qu'on a lié amitié. Je travaille avec lui depuis mon installation. Il me fait confiance et m'a beaucoup aidée. Par exemple quand j'ai dû refaire une fromagerie aux normes européennes, j'ai apprécié d'avoir quelqu'un qui nous épaule.

Pour s'installer il faut être bien entourée

Terre-net Média : S'installer en agriculture, c'est facile ?

Caroline Joguet : Ha non, ce n'est pas évident. Le circuit d'installation est très compliqué pour un jeune agriculteur. Les démarches, la préparation de la CDOA, etc. sont très lourdes. J'y ai passé plus d'un an, j'avais la tête comme une citrouille. Lors des premiers jours du stage à l'installation on a l'impression qu'on nous parle chinois ! Il faut tout créer que ce soit pour les aspects juridiques, les discussions avec les banques, le projet de bâtiment, le plan économique sur 5 ans... Et ce sont des sommes énormes. Il faut être bien entourée. J'ai la chance d'avoir mes parents déjà agriculteurs. Sans eux je ne serais pas agricultrice aujourd'hui.

 

Trail dans le BeaufortinUne passion en dehors de l'agriculture ? Oui. Caroline Joguet fait beaucoup de sport : du trail et du ski-alpinisme. Son exploitation est d'ailleurs située dans les pistes. Ici une photo prise lors de la Pierra Menta été, parcours de trail sur les traces de la célèbre course de ski-alpinisme du même nom. (© Photo issue de Facebook) 

 


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