Ça n'arrive pas qu'aux autres !C. Didelot (88) : « Atteint du coronavirus, j'ai dû réorganiser mon travail »

| par | Terre-net Média

Christophe est éleveur laitier dans le Grand Est. Ayant contracté le coronavirus, il a immédiatement renvoyé son apprenti chez lui pour éviter toute contamination. Tandis qu'il espérait avoir droit au service de remplacement, l'éleveur s'est retrouvé seul, démuni face à son travail à la ferme. Il a donc fallu s'organiser pour continuer à travailler tout en combattant la maladie.

Christophe Didelot, éleveur laitier, et son apprenti sur l'exploitationChristophe Didelot, éleveur laitier des Vosges, a contracté le coronavirus. L'éleveur n'a pas eu droit au service de remplacement. Heureusement, Romain, son apprenti, a accepté de venir l'aider sur la ferme en prenant de nombreuses précautions pour éviter la contamination. (©Christophe Didelot)

« Je pensais qu'en approchant la cinquantaine, j'avais déjà vu beaucoup de choses de la vie mais ça n'est finalement pas le cas », déclare Christophe Didelot, agriculteur vosgien. À quelques kilomètres de Vittel, il élève une soixantaine de vaches laitières et exploite 190 ha de SAU, mais ces 15 derniers jours n'ont pas été de tout repos pour lui. « Au dimanche des élections municipales, ma compagne s'est sentie très mal. Le médecin est venu à deux reprises et a décidé de l'hospitaliser. Le verdict est tombé : elle avait contracté le coronavirus. » Et sans surprise, Christophe a présenté les mêmes symptômes quelques jours après...

« Je n'ai pas pu bénéficier du service de remplacement car j'avais le Covid-19 »

« Je n'ai pas fait le test de dépistage car il ne se faisait qu'à l'hôpital mais j'avais peu de doutes et mon médecin non plus. » L'éleveur, abattu par la fièvre, a tenté de prendre ses dispositions : « J'ai appelé mon apprenti pour lui dire de rester chez lui afin d'éviter toute contamination. » Cotisant au service de remplacement, Christophe les contacte aussitôt pour demander à être remplacé. « Ils m'ont répondu qu'ils préféraient ne pas faire prendre de risques à leur personnel pour l'instant car ils ne disposaient d'aucune consignes ni aucun équipement », explique-t-il.

Personne ne doit être laissé de côté pendant la crise, mais qui s'occupe de nous les agriculteurs ?Un comble pour l'agriculteur qui se retrouve alors seul face à ses travaux de la ferme. « J'avais l'impression d'être un pestiféré » avoue-t-il. Il relativise tout de même : « On en était qu'au début de la crise. Même si j'étais franchement en colère qu'on me laisse seul comme ça, aujourd'hui je comprends cette volonté de protéger leurs salariés et je suis sûr qu'ils sont désormais mieux organisés et équipés pour assurer les remplacements. Ce que je déplore, ce sont les paroles de notre Président : il nous assure que personne ne sera laissé de côté pendant cette crise mais comment on fait nous les agriculteurs ? »

Organiser le travail sur la ferme pour éviter toute contamination

« Je suis finalement revenu sur ma décision. J'ai vite compris que payer mon apprenti pour qu'il reste chez lui et que moi je crève tout seul au boulot n'était pas faisable. Je l'ai donc rappelé pour lui demander s'il était d'accord pour revenir si on établissait des règles. » Pour le coup très loyal, le jeune homme a accepté de l'aider.

Les consignes sont claires : lavage des mains régulier obligatoire, distance de sécurité d'au moins 2 m entre les deux, chacun à son poste et pas de partage du matériel, pas de café ensemble le matin ni de repas partagé le midi, contrairement à d'habitude. « Pour renforcer le tout, je lui ai proposé de m'occuper des travaux du matin, notamment l'alimentation et les veaux (la traite, c'est le robot qui s'en charge), et que lui ne vienne que l'après-midi, sauf s'il y a vraiment trop de travail. »

On avait déjà chacun nos tâches mais là, personne n'empiète sur le travail de l'autre. Chacun reste à sa place : à distance !Christophe est reconnaissant envers son salarié et comme il dit, « dans mon malheur, j'ai tout de même eu de la chance : l'école étant fermée, il est 100 % sur la ferme alors qu'habituellement, je ne l'ai que deux semaines par mois. »

S'il va un peu mieux aujourd'hui, il continue à prendre toutes les précautions possibles. « On ne sait pas combien de temps ça peut durer et si je peux rechuter. Ça fait bizarre de prendre autant de distances mais c'est indispensable ! En étant au même endroit, on privilégie les échanges par téléphone ou on discute en restant à 2 mètres l'un de l'autre. Dans l'élevage, on avait déjà chacun sa partie mais là c'est accentué : personne n'empiète sur le travail de l'autre. On va bientôt devoir faire des clôtures pour sortir les vaches : l'un des deux restera forcément dans le tracteur », réfléchit déjà l'éleveur.

« Je suis à la fois En colère et reconnaissant »

« Mon médecin m'a fait un arrêt de travail de 15 jours mais il est toujours sur mon bureau. Je ne l'ai pas envoyé à la MSA. J'aurais pu le faire pour être indemnisé mais mon assurance comporte déjà une franchise à payer et en plus ce n'était pas possible de me faire remplacer. J'aurais dû travailler quand même et si par malchance, il m'arrivait quelque chose, je n'étais pas couvert alors non merci ! » D'autant plus qu'en cette période, le travail ne manque pas sur l'exploitation !

« Je ressens à la fois de la colère et de la reconnaissance », affirme Christophe. « Je remercie tout d'abord Romain, mon apprenti, d'être venu. Quand on a 20 ans, être confronté à la maladie peut faire peur mais heureusement, certains mouillent leur chemise ! » Christophe a aussi reçu quelques appels de voisins : « Des collègues m'ont proposé leur aide et j'ai même un voisin, avec qui les relations ont été tendues par le passé, qui m'a appelé pour prendre des nouvelles, ça fait chaud au cœur. »

Il faut se serrer les coudes entre paysans !À l'inverse, l'agriculteur se dit déçu de certains : « J'ai vu que la nouvelle de ma maladie se propageait sur les réseaux sociaux et c'est même un paysan qui l'a faite circuler. C'est dans ces cas-là qu'on se rend compte qu'il y a deux cas de figures dans les difficultés : ceux qui prennent des nouvelles et qui se proposent d'aider et ceux qui attendent qu'on disparaisse pour récupérer des terres ou une ferme. C'est navrant ! Il y a encore des gens bien et heureusement, mais la solidarité paysanne n'est pas ancrée partout. »

Nous agriculteurs, ne sommes pas mieux protégés que les autres...Christophe Didelot a un message à faire passer : « Ne prenez pas ce virus à la légère. Face à la maladie, on n'est pas plus malins que les autres. Ça peut nous arriver à nous aussi, agriculteurs, même dans nos campagnes, même en étant reculés dans nos fermes. Et dans ces moments-là, il faut se serrer les coudes, prendre des nouvelles les uns des autres et être solidaires. »


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DÉJÀ 19 RÉACTIONS


Emilie
Il y a 111 jours
Bonjour, c'est étonnant que le service de remplacement ne soit pas venu .
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Nicos
Il y a 114 jours
Bjr a tous moi pour ma part je suis aquaculteur mais je trouve honteux qu on abandonne le domaine agricole ces messieurs haut placé qui n écoute personne et qui font ce qu ils veulent j ai vécu une situation d épouvante et de cauchemars il y a 5 ans j ai contracté une maladie importante et ai du arrêter mon boulot personne ne s est intéressée a mes appels de détresse a l heure actuelle je continue mon élevage piscicol par passion malgré que je vive sans eau potable ni électricité situation rocambolesque !! Surtout pour un pisciculteur . Mais bon !! Sans commentaire ! Ma vie c est mon métier et personne ne m empêchera de vivre de ma passion !! A bon entendeur !!! Courage a tous ceux du domaine agricole c est en restant souder qu on se en sortira
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jus de pomme
Il y a 126 jours
eh bien tout ca reflète bien la situation du statut d'agriculteur en France 40 ans de politique agricole désastreuse et je pense pas pour l'instant cela s'améliore ou ce moralise ???? j'ai vécu la même chose en 2016 grosse galère je confirme et c'est pas fini pour moi et je vous rasure pour vous ça s 'aggrave pas étonnant tout ces suicide plus de mort cumulé que du covide 19 alors quand vous êtes touché par le covide 19 c'est une chance je plaisante mon propre fumier de collègue n'aime pas ça du tout mais bon ça me détent . iL N'AIME PAS DU TOUT QUE JE PLAISANTE IL M'AIME pAS DU TOUT …... , c'est du vecu ne baisser pas les bras bon courage c'est la persévérance dans la vie qui paye un grand salut a tout nos défendeur agricole prennent bien conscience de la situation de déconfiture de l agriculture en France ca n allait pas bien avant alors ne croyer pas au miracle sa sera pire maintenant HONTE ET TRISTESSE AU SERVICE DE REMPLACEMENT ET SON ACCEUIL DESASTREUX( NE VOUS ETONNER PAS DES SUICIDEs C' EST NORMAL )
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Pierre
Il y a 127 jours
En réponse au service de remplacement du Finistère
Vous avez raison de parler des avantages du remplacement. Mais je n'avais pas le sentiment que qui que ce soit tire sur l'ambulance. Dans l'article, Christophe explique même qu'après la colère il a compris la position de son service de remplacement.
En tout cas, bon courage à tous face à cette pendémie.
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Terminé
Il y a 120 jours
Cela se saurait si il y a de la solidarité, gestion des associations par des bénévoles agris, c'est bien là tout le problème, solidaires jusqu'à un certain niveau,.. Quand il est question argent, difficultés financières, c'est une autre histoire.. Le conseil administration n est pas très évasif.. Les agriculteurs sont concurrents faut pas être dupe c est de l hypocrisie, tant que ça me touche pas... C'est bien connu... Le service de remplacement ferait bien parti aussi des sentinelles pour dénoncer a la MSA..... Chute secret professionnel faut rien dire.. Après on apprend qu un président d association de remplacement se suicide... C'est que le malaise agricole est bien là... Il suffit de voir les commentaires.. C'est marrant l association se sentant un peu accusée réagit...
Mesdames, Messieurs les agris gestionnaire de cette formule d association elle a bien fonctionné aujourd'hui l environnement est différent donc un monde agricole qui change. Cela ne répond plus aux attentes et aux défis de demain. Ouvrez grand les yeux.
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Service de remplacement Finistère
Il y a 128 jours
NE TIREZ PAS SUR LES AMBULANCES !
Les services de remplacement sont exemplaires, tout au long de l'année, et en particulier au cours de cette crise hors norme. Nous nous mobilisons tous dans un élan de solidarité, des conditions d'intervention renforcées, un encadrement hors norme et une implication exemplaire des salarié-e-s.
Que s'est-il passé pour Christophe ? Nous devons l'éclaircir. Sa situation n'est pas représentative du travail formidable des bénévoles et du personnel. Respectons-les et aidons-les à remplir leur mission.
Continuez de faire confiance aux remplaçants. L’ensemble les 200 agents et la centaine de bénévoles sont à 100% mobilisés pour vous servir. Respectez lors des interventions les règles de distanciation et les gestes barrières (l’organisation du travail planifiée par Christophe est à ce sujet exemplaire), il en va de la santé de tous et de la continuité du service attendu.
Solides et solidaires. Les Service de remplacement du Finistère.
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Terminé
Il y a 130 jours
Tout mon soutien Christophe, sachez et continuez de vous entourer des bonnes personnes pour vous aider. Prenez soin de vous c est très important et surtout cela ne veut pas dire être égoïste. Ce n'est pas d aujourd'hui le problème du remplacement des agriculteurs quel que soit les situations.
C'est un véritable problème non résolu et c'est pas les associations de remplacement qui règlent ce vaste chantier. C'est un système qui ne tient plus la route, complètement dépassé.(pourtant géré par des agris)
Un agriculteur ou une agricultrice avec des problèmes de santé met en danger la survie de l exploitation.
Au bout de 6 mois l exploitation vous pouvez ne plus la reconnaître.
Cette grave pandémie avec le confinement va bousculer notre société, il y a le début que l on connaît, la suite.. Court terme, moyen terme, et long terme l inconnue...
Notre société doit repenser intégralement comment elle se projette pour son secteur primaire qu est la santé et l agriculture.
Tout le monde a besoin de tout le monde. Il y avait déjà un ravin entre les agriculteurs et le reste de la société, il ne faut pas que celui ci s agrandisse avec cette pandémie..
Restez chez vous on vous nourri... Encore faut-il être en bonne santé parce que là vous êtes seul au monde. Ce n'est pas un bon slogan à mon goût.
Courage Christophe, c'est bien d en parler, d évoquer toutes ces difficultés qui ne devraient de nos jours pas s ajouter mais être aidé.
Bonne continuation, le printemps avec la belle saison se profile.
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bob
Il y a 130 jours
Pourtant, la solidarité a joué à plein suite au sinistre du président vosgien
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Poly
Il y a 130 jours
Le service de remplacement est pitoyable mais que dire de la MSA qui oblige un exploitant à ne pas prendre un arrêt maladie pour continuer à être couvert alors qu'il ne peut pas être remplacé. Pendant ce temps là les chômeurs continue à percevoir la totalité de leur droit à taux plein. Il y a une France qui trime à tous prix et une autre qui ce planque.
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jersiaise
Il y a 130 jours
Bon rétablissement a toi et ton entourage reconnaissance a Romain, mais cet article montre la France a deux vitesses même pour l'article de Serge et Kami une vrai honte.
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