Agrandissement des troupeaux laitiersBien anticiper les effets sur l'organisation du travail et la transmissibilité

| par | Terre-net Média

Depuis la fin des quotas laitiers en 2015, l'Institut de l'élevage conduit une étude approfondie, baptisée « Orgue », sur l'organisation du travail, la durabilité sociale et la transmissibilité des grandes exploitations laitières françaises. Pour Emmanuel Beguin, responsable du service « Approche sociétale et travail en élevage » à l'Institut de l'élevage, l'agrandissement des troupeaux laitiers nécessite, de la part de éleveurs, une anticipation particulière des conséquences sociales et économique, en particulier sur l'organisation du travail et la question de la transmissibilité.

[Vidéo] Le projet Orgue : les objectifs et les premiers résultats, par Emmanuel Beguin, de l’Institut de l’élevage

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Quelques mois après la suppression des quotas au printemps 2015, l’Institut de l’élevage a lancé une grande étude sur les grands troupeaux laitiers et les nouveaux « collectifs » de travail en élevage. Le projet « Orgue » porte plus particulièrement sur l’organisation du travail, la durabilité sociale et la transmissibilité de ces nouveaux collectifs.

« Trois profils d’exploitations sont étudiés », explique Emmanuel Beguin, responsable du service « Approche sociétale et travail en élevage » à l’Institut de l’élevage et coordinateur du projet. « Nous étudions des petits collectifs à très forte productivité par unité de main-d’œuvre, de l’ordre de 400 000 à 500 000 l de lait par UTH, mais aussi des modèles d’exploitations moins fréquents basés sur le salariat, et le modèle à la française avec plusieurs associés et éventuellement un ou plusieurs salariés. »

« Les agrandissements sont souvent progressifs, explique Emmanuel Beguin. On passe progressivement de 50 à 60, puis 80 voire 100 vaches ou plus. Les éleveurs ont l’impression que le métier n’évolue pas en soi. C’est, en fait, le contraire, avec l’atteinte de facteurs limitants comme la main-d’œuvre ou la taille des bâtiments. Tout l’enjeu est de trouver des solutions à ces facteurs limitants. »

Ne pas négliger le relationnel entre associés

Certaines exploitations, au contraire, connaissent une croissance très rapide. Ces évolutions « de rupture » imposent aux éleveurs de remettre à plat l’ensemble de leur système. Pour le spécialiste, que l’agrandissement soit progressif ou brutal, « les éleveurs ont besoin d’un accompagnement sur les aspects humains et le relationnel entre associés ».

« Quand on intègre de nouveaux associés, il peut s’avérer indispensable de remettre à plat et mettre noir sur blanc les objectifs de chacun en termes de conduite d’entreprise. C’est indispensable pour s’assurer que le projet d’entreprise est partagé par tous les associés. » Outre leurs relations entre eux, les éleveurs deviennent manageurs quand l’agrandissement s’accompagne d’une embauche.

Par ailleurs, l’agrandissement des collectifs d’élevage, que ce soit par de nouveaux associés ou l’embauche de salariés, impose de « mettre en place et entretenir un mode d’organisation strict », et « d’organiser le travail de manière beaucoup plus précise ».

Dans le cadre de cette étude, l’Institut de l’élevage a suivi de près le parcours de 14 exploitations qui s’étaient agrandies rapidement, avant d’être contraintes d’arrêter brutalement la production laitière.

Chaque année, 1 000 exploitations laitières franchissent le cap des 100 vaches laitières.

« L’une des grandes problématiques de ces grands troupeaux laitiers réside dans leur transmissibilité. Dans ces 14 fermes suivies, on retrouve de nombreux cas de mésentente entre associés, qui, à un moment ou un autre, ne se retrouvaient plus dans le projet partagé initialement. »

« Il est tout à fait normal que les objectifs professionnels et personnels d’un éleveur évoluent au cours du temps. Mais quand on est associé d’une structure aussi capitalistique, il est nécessaire de faire le point, en toute transparence, sur ces propres objectifs pour s’assurer que ces derniers sont toujours en phase avec ceux des associés et correspondent au projet commun. »

Chaque année, « 1 000 exploitations laitières franchissent le cap des 100 vaches laitières », rappelle Emmanuel Beguin. « Dans le même temps, 90 exploitations arrêtent la production laitière. En proportion, ce sont davantage les petites structures qui s’arrêtent. Le phénomène d’arrêt du lait dans les grandes structures est relativement marginal, d’environ 3 %. » Mais ce sont des arrêts qui ont un impact sur l’environnement économique et social bien plus important.

L’étude de l’institut de l’élevage est toujours en cours. Des résultats affinés devraient être disponibles en septembre 2019. Nous proposerons des outils aux conseillers d’éleveurs, mais aussi aux enseignants.

 


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


Bonarien
Il y a 98 jours
Moty votre producteur possédant le robot ne doit pas faire partie des (collègues) que je cite précédemment en effet :un de ces barons de mes connaissance se ventait un jour d avoir usé de son statut pour faire baisser de 50% son abonnement entretien à son fournisseur de robotique sinon comme il était un baron il allait lui casser la baraque dans son département ! Maintenant je comprends mieux ;pour éviter les emmerds les fournisseurs mutualisent et de malheureux collègues se trouvent sur la paille belle société !
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Moty
Il y a 98 jours
Je pense que de nombreux facteurs interférent la volonté ou non de l'arrêt de la production laitière. En ce moment, on commence à assister un ras le bol de la production laitière chez certains gros producteurs ( charges de travail, problèmes de santé .. ). Un certain nombre décide d'arrêter suite à un agrandissement, certains ne peuvent pas arrêter tellement ils sont coincés dans un véritable étau financier ou autre . Cette semaine, en ville , en Bretagne j'ai vu un agriculteur assis dans une rue piétonne avec une pancarte " agriculteur en détresse " . Il m'a dit qu'il avait fait l'erreur d'acheter un robot de traite, et que suite à cela , il était en difficultés financières.
Tout cela pose beaucoup de questions
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Bonarien
Il y a 98 jours
Jmb je n affirme pas sans preuve ! Simplement tu n est pas assez haut perché dans les échelons ou tu n est pas au bon endroit mais sache que tu as des collègues pour qui la ferme n est que ( l objet) qui leur permet d accéder ( de père en fils) a une situation équivalente à celle d un cadre ! Regarde autour de toi surtout avec les élections chambre et tu comprendra très vite .Acceder au perchoir c est très gratifiant ! A tous mes collègues je suis désolé si je vous choque mais c est la triste vérité
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Jmb67
Il y a 99 jours
Je vous invite à vous engager dans les responsabilités et vous n'avez rien à perdre puisqu'il paraît que vous allez avoir une rémunération meilleur quand travaillant sur votre exploitation.
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Pàgrat
Il y a 100 jours
Je suis persuadé que l'état s'inquiète d'un éventuel soulèvement des paysans, aussi les résultats aux chambres vont être très importants.En gros, si la fédé maintient ses positions, circulez il n'y a rien à voir, sinon on peut discuter! N'oubliez pas non plus les européennes dont les résultats s'annoncent compliqués! L'état va certainement tirer les leçons de l'épisode GJ en cours! Leur mépris des corps intermédiaires et des élus ruraux qui tiraient la sonnette d'alarme, va coûter cher !
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titian
Il y a 100 jours
Bof, à quoi bon, on peut faire le parallèle avec la démocratie de notre nation, ça fait un moment que l'on est dépossédé avec la complexification et la financièrisation, sans parler de perte même de souveraineté via les filiales.
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PàgraT
Il y a 100 jours
La CR demande la tenue d'états généraux de la coopération durant lesquels nous exigerons que les coops qui contreviennent au bon fonctionnement(un homme une voix) pour l'ensemble des activités(filiales comprises) perdent le statut de coopérative et les avantages induits(fiscalité).
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Bonarien
Il y a 100 jours
Tout cela restera très compliqué et ingérable tant q une partie infime d entre nous serons rétribués à plus de 4 fois le smic pour être membre de conseil d administration de coopérative ! Quand on en arrive là on signe et avale toutes les couleuvres sans moufter car son revenu vient pas de sa ferme mais des promenades hebdomadaires au siège Que fond les syndicats ( minauritaires) pour ne pas dénoncer ce système ? La Fdsea étant engluée dans la combine
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PàgraT
Il y a 100 jours
Complètement d'accord avec vous! La France semble en léthargie face à la prise en main de son agriculture par la finance! Moi, je ne vois que l'exception agriculturelle pour la sortir de l'ornière.
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Debout
Il y a 101 jours
Bien être au travail en élevage laitier, en France aux 35h..10000000 de personnes qui ne travaillent pas ou très peu... 5000000..de chômeurs... Des salaires bloqués... Une campagne fantôme... Où il n'y a plus d activités... Quasi impossible de se faire remplacer... Quand quelqu'un n est pas là.... Les vaches sont là tout les jours.... Il y a un grave problème societal en France... L exploitation familiale est en train de disparaître rayée de la carte... Comment financer les grandes exploitations... Rien n'est prévu.... Un désastre... Le pire c'est que l on continue dans cette aberration... Qui va déposséder tout les agriculteurs déjà qu ils ne font même pas leur factures de Ventes... Ne peuvent plus changer de laiterie.. Etc... Là ils vont perdre leur patrimoine...
Les laiteries possèdent et imposent déjà leur dictature... Comme les exploitations aux normes ne peuvent pas céder parce que ça ne vaut rien et inreprenable... Ou en liquidation... Elles vont donc à ces agrandissements... Mais pour des conditions de vie inhumaines tout simplement... Le moderne ex robot... Etc... N aide pas forcément l homme.....il faut repenser de A à Z l agriculture en France... C est un tournant.
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