[Témoignage] « J'arrête le lait »Avec son poème devenu viral sur Facebook, l'éleveur veut « tourner la page »

| par | Terre-net Média

« J'ai tout donné, j'ai tout sacrifié, Il faut savoir tomber, pour apprendre à se relever » : C'est par un poème publié sur Facebook, empreint d'une grande sincérité et de vérité sur les difficultés du métier, que Charles Henry, polyculteur-éleveur à Cussy dans le Calvados, explique sa décision d'arrêter la production laitière, après quatre ans de galère. Avec sa publication devenue virale, l'agriculteur a reçu le soutien de centaines de personnes qui, pour certaines, se reconnaissent dans ses mots.

Charles Henry, résigné par la charge de travail et la pression financière, va arrêter la production laitière courant décembre 2018. Charles Henry, résigné par la charge de travail et la pression financière, va arrêter la production laitière courant décembre 2018. (©Charles Henry)  « C ’est une page qui se tourne, sans aucun regret, j’ai cru en cette passion, donner, soigner, élever, l’amour d’une famille, quelle grande fierté, j’en ai rêvé, je me suis battu pour finir épuisé… »  Polyculteur-éleveur installé il y a quatre ans à Cussy, près de Bayeux (Calvados) sur la ferme familiale avec son père, Charles Henry a décidé de raccrocher, d’arrêter la production laitière. Et c’est par un poème publié sur son compte Facebook qu’il a décidé d’expliquer son choix.

« Je me suis installé en 2014 sur l’exploitation familiale avec mon père, avec l’objectif de nous spécialiser dans la production laitière », explique Charles Henry à la rédaction de Web-agri. Dès son installation, les deux associés investissent beaucoup pour doubler la production laitière, passant de 750 000 à 1,5 Ml. « Mais dès le début, on était toujours en train de courir après l’argent pour rembourser les emprunts. Nous voulions augmenter la production pour diluer les charges. Mais c’est l’inverse qui s’est passé : des coûts alimentaires et des frais de fonctionnement toujours plus élevés. C’est un cercle vicieux : cela engendrait toujours plus de travail ». La pression financière impacte progressivement sa vie familiale. « Je sortais de moins en moins, je ne faisais plus de sport, je ne voyais plus assez ma femme et ma fille, j’étais de plus en plus aigri. Nous n’avions plus de vie sociale. »

« Maintenant, il faut aller de l’avant »

Puis un jour, c’est le déclic. « À un moment, il fallait prendre une décision », poursuit-il. « Ça ne pouvais plus durer ». L’agriculteur va définitivement arrêter la production laitière courant décembre, et revendre tout le matériel et les équipements d’élevage.

« Publier ce poème, c’est une façon de tourner la page. Le passé, c’est le passé. Il faut l’accepter. Mais maintenant, il faut aller de l’avant. »

Lors de son installation, l’agriculteur avait créé un parc de loisirs à côté de la ferme. Ce dernier se développe bien, grâce à sa localisation au cœur d’une région touristique, avec la proximité de Bayeux et sa tapisserie et les plages du débarquement. « Nous allons nous concentrer sur cette activité, bien plus rentable, en plus des 180 ha de céréales. »

Dans son texte, Charles Henry veut aussi montrer à ses amis et tous ceux qui ne connaissent pas bien le métier d’agriculteur « tout le travail et le stress au quotidien que ce métier engendre ».

« Ce poème, ce n’est plus seulement le mien. Il est beaucoup partagé car, sans doute, de nombreuses personnes se reconnaissent dans ce que j’ai écrit. Ce poème, il appartient à tout le monde. » L’agriculteur ne pensait pas que son texte susciterait autant de réactions et de soutiens. Sa publication a été partagée plus de 20 000 fois. Les commentaires, essentiellement pour exprimer le soutien à l’éleveur, se comptent aussi par milliers. « J’ai même reçu des messages de soutien de Canadiens, Tunisiens et Suisses », s’étonne-t-il.


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DÉJÀ 28 RÉACTIONS


La chouette
Il y a 6 jours
De plus en plus les jeunes abandonnent.Ceux qui vivent bien leur métier sont en réseau civam et inpact et la génération qui les a précédé l’etait aussi.Dans mon entourage 17 fermes laitières vont cesser d’ici la fin février (à cheval sur trois départements)6 sont des réels départs en retraite, 3 sont des Liq.J et toutes les autres sont des abandons de profession.Dans cette dernière catégorie aucun n’as atteint l’age de 45 ans .En lait de plaine la transmissibilité ça se prépare 15 à 20 ans avant le départ pour éviter un besoin en capitaux trop importants pour le repreneur.Et j’ajoute aussi que ce sont les fermes « bas-Carbonne « qui dégagent les meilleurs revenus disponibles.
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Lumat
Il y a 7 jours
Désolée Taxi, je ne vais pas répondre à ton commentaire de façon publique car encore une fois je ne veux pas opposer le conventionnel et le bio ! Il y a aussi des solutions en conventionnel et tout aussi économiques et écologiques ! Nous avons étudié le Miscantus mais l'investissement de départ est important, et la nature des sols adaptée mais pourquoi. Nous pourrions continuer cette discussion en privé mais j'ai malheureusement des exemples d'éleveurs bio purement "marketing" et économiquement opportunistes qui me désolent et, pour l'instant, ne me donnent pas envie d'aller dans cette voie, malgré la tentation purement financière qui pourrait être forte. Je suis consciente que ce ne sont pas de bons exemples, car nous sommes très proches de bio "première génération" mais ça explique aujourd'hui notre sceptissisme par rapport à ce "label".
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Taxi
Il y a 8 jours
lumat j'ai prix connaissance de votre commentaire,merci .Il est important dans notre métier d’être acteur et non spectateur!Il faut l'inviter le public plutot que le dénigrer même si certains sont provocateurs , ne vous mettez pas a leur hauteur,c trop bas!
Pour revenir au cas de Charles henry Flower , je pense qu'il a loupé une occasion majestueuse de perduré dans le temps .( un peu plus bas dans les commentaires un pseudo à indiqué qu'il commercialisait du miscanthus) ,j'ai vérifier en effet la remorque de livraison fait 70m3.Cette culture est éligible SIE depuis cette année.Mais avant elle était aussi biologique puisque dépourvue d'intrants.A quelques kilomètres de sa ferme ,au Molay Littry Danone dispose d'une usine de transformation de lait biologique de vaches.Actuellement et ce depuis plusieurs années Danone offre 50E au mille litres pendant la reconversion de 2 ans.Et l'offre est toujours d'actualité.IL s'agit des yaourts "les 2 vaches" Dans le projet reconnu par le département du calvados "Reine Mathilde".ET ce dernier pour satisfaire ses besoins s'approvisionne en Pologne pour répondre à la demande.
Charles henry aurait du conserver ses installations et cheptel en produisant 600000l sur les 750000 de référence et ce en bio.Avec son parc de loisirs il aurait pu devenir l'une des premières vitrines du département.Pour moi c très clair il est parti totalement a l'opposé alors qu'il avait la réussite sous les yeux.Pour lui c un crève cœur,la stratégie n'était pas la bonne en doublant la référence et d'autres l'on précisé aussi.
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Jonathan
Il y a 10 jours
Bien d'accord avec toi Steph 72
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Lumat
Il y a 9 jours
Je suis complètement d'accord avec toi à 200% ! mais c'est aussi un problème plus large de reconnaissance de la valeur de ce qu'on produit. Le jour où les consommateurs feront plus attention à ce qu'ils mangent plutôt qu'à la dernière "chinoiserie" à la mode ! Je suis complètement dépitée par l'incohérence de ce que veulent les gens et la méconnaissance de l'origine des produits qu'ils achètent : Du lait de pâturage mais sans bouses sur la route, du bio mais on se fait insulter quand on épand du fumier ou du lisier (alors qu'avec un semoir d'engrais chimique, tu passes incognito), on est filmés à notre insus et mis sur les réseaux avec des commentaires haineux... Même si je n'ai pas spécialement besoin de reconnaissance, et que j'assume tout ce que nous faisons, c'est l'injustice qui me mine en ce moment, et moralement c'est ce qui me touche le plus car même si nous ne sommes pas en bio, nous avons un vrai conscience écologique !!! Effectivement, nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire de portes ouvertes (conf message de Taxi) mais pourquoi pas, par ailleurs nous faisons de la vente directe de viande en caissettes et nos clients visitent régulièrement la ferme et je suis très admirative de ceux qui le font. Bravo à eux ! Nous ne perdons pas une occasion de prêcher la bonne parole, c'est comme ça que ça changera petit à petit, mais j'avoue que c'est usant de toujours se justifier. C'est la première fois que je participe à un forum, n'en rajoutons pas en étant obligés de se justifier entre nous. Merci
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steph72
Il y a 10 jours
Ce n'est pas au consommateur qu'il faut s'attaquer mais aux intermédiaires ,pour rappel sur 100 e de produits alimentaires seulement 6;5 e reviennent aux agriculteurs ,donc il y a bien un problème de répartition de marges.
En amont ils augmentent leur tarifs alors qu'ils savent très bien que les eleveurs ont du mal à vivre de leur travail
A eux de faire des efforts quand on voit les salaires des dirigeants et cadres il y a certainement des economies à faire.
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Taxi
Il y a 10 jours
Mais Lumat avez-vous seulement 1 fois ouvert les portes de votre ferme pour exposer votre métier au grand public depuis votre installation ?
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Man
Il y a 10 jours
Très bien parlé Lumat. Je suis entièrement d'accord avec toi...
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Lumat
Il y a 10 jours
Je viens de lire certains de vos commentaires et c'est bien à l'image de ce qu'il se passe en France en ce moment.
Vous n'avez pas encore compris qu'on en en a marre du syndicalisme qui ne fait que d'opposer les gens et les systèmes, les "petits" contre les "gros", les bios contre les conventionnels, ....
Aujourd'hui il y a des gens heureux dans tous les systèmes et des malheureux également !!! des entreprenants dans le sens positif et d'autres moins...chacun doit trouver sa place et la façon dont il veut faire ce métier. Le problème n'est pas que économique et financier, il est aussi social : assumer l'image de l'agriculteur, concilier son mode de vie "décallé", la place de l'alimentaire dans le panier des français, ....Nous travaillons en couple sur des terres parmi les plus difficiles de notre département, nous sommes en train de robotiser notre installation de traite (sans aucune aide ni subvention) pour conserver notre intégrité physique et améliorer notre qualité de vie de famille. Mais si demain notre situation financière se dégrade, je ne dirai pas : c'est de la faute du vendeur, du centre de gestion, du banquier, de la coop, de la Chambre d'A ... mais, comme c'est justement dit dans le poème, des consommateurs qui n'ont ne se rendent pas compte qu'ils ont en France la première Agriculture du Monde en terme de qualité. Au lieu de tous se regarder en chien de faîence, ce serait plus constructif de transmettre cette idée là !
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Patou
Il y a 11 jours
Je ne vais pas faire de syndicalisme mais le gouvernement veut repousser la loi egalim au printemps soit disant sous la pression des gilets jaunes et des gms allons nous rester dix ans de plus à faire la variable d ajustement il va falloir bouger pour montrer que l on est encore là je ne sais comment mais cela ne peut plus durer On ne va pas rester les bras croisés à attendre que tout le monde ait sa part de gâteau et nous on n aurait même pas les miettes !Et il existe des situations où l on ne peut faire que de l élevage on n à pas ( la chance d Henri)tous la possibilité de mettre des céréales partout
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