Manifestation à l'appel de la FnoAu pied de la Tour Eiffel, les éleveurs ouvrent « la chasse au loup »

| Afp

Paris, 27 nov 2014 (AFP) - Un cor de chasse résonne. Et symboliquement un jeune homme au béret déclare « la chasse au loup ouverte ». Derrière lui, 300 brebis bêlent, perturbant les promeneurs de chiens du matin, au pied d'une Tour Eiffel enrubannée de brouillard.

Mercredi, des éleveurs et bergers avaient lancé cette transhumance vers la capitale depuis l'Auvergne et la Champagne-Ardenne. Jeudi, ils étaient environ 300 et autant de brebis, venus des principaux départements producteurs. Trois enclos et deux bétaillères pour débarquer des Lacaunes, brebis laitières qui servent pour la fabrication du Roquefort et deux races à viande : des Romanes et des Noires du Velay, si élégantes avec leurs têtes noires et leurs robes brunes.

« On est partis hier à 10 heures du matin d'Auvergne. On a fait une halte cette nuit à Rambouillet où elles ont pu passer la nuit dans un pré », raconte dans son vert de travail, Jean-François Vedel, éleveur dans le Puy-de-Dôme. 

« On a voulu montrer aux pouvoirs publics l'absurdité du loup. Et puisqu'on arrive plus à protéger nos troupeaux, on va demander au gouvernement de les garder », répond Serge Préveraud, président de la Fédération nationale ovine (Fno). Ce qu'ils veulent : un nombre conséquent d'autorisation de tuer. Pour 2014-2015, le nombre de tirs de prélèvement autorisés par les préfets est plafonné à 24 loups. Il pourra éventuellement être porté à 36 si le nombre de 20 bêtes tuées est atteint. Mais c'est insuffisant pour les éleveurs.

Leur constat est clair : le loup, qui est revenu en France par le Mercantour en 1992, ne cesse de gagner du terrain. La population, estimée à 300 animaux, progresse de 15 à 20 % par an, sur une aire de répartition qui augmente de 25 % par an également. Et les pertes s'amplifient. Dans les Alpes-de-Haute-Provence par exemple, depuis janvier, il y a eu 345 constats d'attaques, contre 288 sur la même période l'an dernier ; et 1.117 brebis reconnues tuées par le prédateur, contre 874, selon un décompte fourni par la Fnsea du département.

Protéger les chiens-loups ?

Jacques Courron a 550 brebis, des Mourérous, une race adaptée aux milieux secs et originaire des Alpes-Maritimes, le département le plus touché par les attaques : 750 par an, soit au moins deux par jour. Visage émaciée, grands yeux verts et cuir marron trop grand pour lui, il lâche : « le loup, c'est la même logique qu'un viol ». « Notre boulot, c'est ramasser des cadavres ou des brebis qui agonisent encore. C'est un stress terrible pour les animaux avec beaucoup d'avortements précoces, et pour la famille ».

Depuis janvier, il dit avoir subi une quarantaine d'attaques, 60 animaux morts et autant de disparus. Pourtant, insiste-t-il, tous les élevages du département ont mis en place les mesures de protection : gardiennage renforcé, tirs de défense, chien de protection et troupeau à l'abri la nuit. Installé à Caussols, son troupeau sillonne justement le Parc du Mercantour, et toute l'année, pas seulement l'été comme dans les régions plus septentrionales. « La journée, on s'occupe des morts et la nuit on va chercher le loup », finit-il par résumer. Et depuis, sa femme est partie. Il y a également les conséquences collatérales. « Du moment où les éleveurs ne veulent plus aller à certains endroits, la forêt se referme sur elle-même. Les pins repoussent là où les brebis passaient. Depuis quatre ans dans les Alpes-de-Haute-Provence, la forêt progresse de 1 % tous les ans », argumente Jean-Paul Comte, président de la Fnsea départementale.

En milieu d'après-midi, une délégation d'éleveurs a été reçue par le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. Ils étaient passablement « énervés » après avoir reçu des gaz lacrymogènes lancés par des Crs à l'entrée de la rue de Varenne, raconte Frank Dieny, secrétaire général de la Fno. Ils ont obtenu la promesse d'une réunion rapide avec Stéphane Le Foll, Ségolène Royal (Ecologie), Bernard Cazeneuve (Intérieur) et les préfets, selon M. Dieny. Le ministre a aussi promis que la France s'opposera au projet d'extension de la protection des loups à ceux qui sont croisés avec des chiens, résolution qui sera débattue du 2 au 5 décembre au Conseil de l'Europe, indique-t-on dans l'entourage du Stéphane Le Foll.

De leurs côtés, les maires des stations de montagne ont tenu à apporter « leur soutien aux éleveurs et à l'économie pastorale de montagne ».

De l'autre côté de la Tour Eiffel, une vingtaine de pro-loups tentaient également de se faire entendre. « Être pour le loup, ce n'est pas être contre les éleveurs » et « ce qu'on fait sur le loup est disproportionné par rapport aux vrais problèmes des éleveurs », insiste Marc Giraud, vice-président de l'association pour la protection des animaux sauvages. 


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