Santé animaleAprès les déserts médicaux, la ruralité confrontée aux déserts vétérinaires

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Déplacements non rémunérés, rejet des contraintes, crainte de l'isolement : les vétérinaires ruraux se font de plus en plus rares dans les étables, une nouvelle menace pour des éleveurs français déjà fragilisés par une succession de crises.

Vétérinaire en élevage Les zones où il y a zéro vétérinaire se sont multipliées cette année. (©Antoine/Fotolia)

Le 26 juillet, le cabinet de Couiza, dans l'Aude, a dû mettre la clé sous la porte, faute de rentabilité, laissant environ 200 éleveurs sans vétérinaire proche. Dans l'Oise, deux cabinets ont fermé récemment, et un autre a averti 75 fermes de sa décision de ne plus les prendre en charge, en raison de difficultés de recrutement.

« Quand vous appelez le vétérinaire, c'est que vous n'avez pas trouvé la solution par vous même. L'animal est en souffrance, le fait de ne pas être sûr d'avoir un vétérinaire quand il faut, c'est stressant, pour un éleveur », explique Luc Smessaert, éleveur dans l'Oise. Il évoque des temps de trajet qui s'allongent à trois quarts d'heure, une heure, entre les vétérinaires et certaines exploitations.

Chaque année, les vétérinaires publient un atlas démographique de leur profession. Dans ce document, que l'AFP a pu consulter, une carte répertorie, par bassin de production, le nombre de professionnels pour 1 000 bovins. Les zones où il y a zéro vétérinaire, colorées en rouge, se sont multipliées cette année, comme les symptômes cutanés d'une maladie infectieuse sur le territoire français.

A relire aussi le témoignage d'une vétérinaire : Une ex-vétérinaire rurale sort du silence et dévoile l'envers du décor

C'est le cas dans l'Indre par exemple, « un secteur en souffrance » du Centre/Val-de-Loire, « en gros, le secteur où vous avez de moins en moins d'élevages, et davantage de cultures », résume pour l'AFP Jacques Guérin, président du conseil de l'ordre des vétérinaires.

D'après lui, le problème ne se pose pas dans les régions à forte densité d'élevages. Une sorte de cercle vicieux en somme : de moins en moins d'élevages, fragilisés par les difficultés économiques du secteur, remettent en cause la rentabilité des cabinets vétérinaires, dont la disparition fragilise davantage les élevages. « Dans certains secteurs où l'activité tourne sur un ou deux vétérinaires, ça veut dire être de permanence un week-end sur deux, un soir sur deux, ce sont des secteurs qui sont un petit peu plus difficiles en matière de recrutement », explique Jacques Guérin.

Destins liés

Outre les réticences de certains professionnels à aller pratiquer un vêlage en pleine nuit, l'aspect financier entre également en compte. « Quand vous vous déplacez dans un élevage, surtout en zone de montagne, le temps improductif, c'est-à-dire le temps pendant lequel vous êtes dans votre voiture, est important, et effectivement un temps qui coûte de l'argent », explique Jacques Guérin.

« Sans vétérinaire, il n'y a pas d'élevage, tout simplement, donc nos destins sont liés », estime de son côté Quentin Dupetit, chargé de mission santé animale FNSEA, dans un entretien avec l'AFP. Entre 2016 et 2018, un peu plus de 250 professionnels supplémentaires se sont installés en France. Mais dans le même temps, on dénombrait près de 200 personnes en moins déclarant une activité en lien avec les animaux d'élevage, selon des chiffres fournis par l'ordre des vétérinaires.

En outre, selon une enquête prospective qui doit être publiée en septembre par l'ordre des vétérinaires, la relève compte davantage ses heures que la vieille garde : il faudrait l'équivalent d'environ 1,5 jeune professionnel pour assurer la charge de travail d'un vétérinaire parti en retraite.

Parmi les facteurs pouvant expliquer le moindre intérêt des jeunes vétérinaires pour la « rurale » : leur cantonnement à des tâches ingrates, selon Quentin Dupetit. « Le métier d'éleveur a beaucoup progressé en technicité, donc les éleveurs sont peut-être plus à même qu'avant d'apporter les premiers soins aux animaux, ce qui fait que le vétérinaire peut parfois être appelé uniquement pour les urgences, ce qui ne rend pas non plus le métier de vétérinaire intéressant. » 

Subventionner les vétos ruraux ?

La FNSEA souhaite développer la contractualisation « pour essayer d'avoir une relation plus axée sur la prévention, qui à la fois rendrait le métier de vétérinaire rural plus intéressant et permettrait à l'éleveur d'avoir des frais sanitaires peut-être moindres », selon Quentin Dupetit.

« Si on avait des élevages avec plus de rentabilité, il y aurait beaucoup moins de questions à se poser », concède aussi Patrice Payen, qui élève à Flechy (Oise), avec sa fille Marine, 120 bovins dont 45 vaches.

À mi-chemin entre Beauvais et Amiens, mais au bord de l'autoroute A16, il ne « donne pas cher de l'élevage » dans sa région : « et pourtant, je suis un éleveur passionné, ma fille s'est installée avec moi, on a développé la transformation laitière, on a un magasin à la ferme, on fournit les collèges... Mais je me dis que dans dix ans, ça n'ira plus parce qu'on sera les seuls. »

Motif d'espoir, « on se rend compte que c'est plus par ignorance de la vie en campagne que les vocations sont en baisse », affirme Jacques Guérin. Il évoque des « programmes d'immersion de 12 à 16 semaines en zone rurale », financés par le ministère de l'agriculture, qui permettent aux étudiants d'apprendre à créer des liens dans les zones rurales et d'être plus autonomes. 95 % de ces stagiaires restent après cette période de stage en milieu rural, selon l'ordre. Certains territoires, comme les Hauts-de-France, réfléchissent également à aider financièrement l'installation de jeunes vétérinaires qui s'engagent à avoir une activité rurale, selon Luc Smessaert. « Il faut trouver des solutions maintenant, sachant qu'à chaque fois, pour former un vétérinaire, il faut au moins sept à huit ans », conclut-il.


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DÉJÀ 7 RÉACTIONS


lebonmayennais
Il y a 96 jours
les veto disparaissent de la campagne!!!oui c est pas une grosse perte!!!hein?? J en connais ils n ont plus voulu soigner prophylaxies etc...etc.....de leurs clients pourtant sans ardoises derrière!!!d autres qui ne voulaient pas recoudre les vaches apres avoir pratiquès des cesariennes resultat veaux mort et vaches crevèes!!!franchement que ceux la degagent cela ne me contrarie pas!!!allez donc soigner les petits chats et chiens!!!
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Terminé
Il y a 99 jours
Se sont d abord les élevages qui disparaissent avec une ruralite en ruine où les collèges et lycées en chute libre au niveau effectifs.
Un vétérinaire m avait dit qu'il n avait pas apprécié une réflexion à son encontre de la part d un magistrat qui lui avait signifié que pour l instant c'est pas les vétérinaires qui font faillites mais bien les éleveurs très durement touchés.
Nous sommes en pleine rupture sociale démographique et ville et campagne.
Les vetos doivent aussi se remettre en cause, car quoique on en dise c est une profession privilégiée. Ils ont l exclusivité de la vente des produits.
En tout cas pour moi le résultat est concret, je suis en faillite pas eux, leurs déplacements, prestations etc tout est bien facturé ne vous inquiétez pas... Ils sont aussi confrontés comme les autres professionnels à ne plus trouver de personnels à la campagne qui se vide tout simplement !
Mais une chose est sûre, c'est bien les éleveurs qui vont disparaître en premier le reste suivera après...
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Surprise
Il y a 99 jours
C est tellement plus facile de demander 150€à une mémé pour son chien qui a l air dépressif que de demander 180€ pour une césarienne sur une vache ou l on sera intervenu longtemps et où lors de l opération l éleveur vous explique ses soucis ! Puis c est moins physique !
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steph72
Il y a 100 jours
On se pose moins la question si les eleveurs disparaissent;
Dans notre société ,plus personne veut d'astreinte;
Les eleveurs sont encore plus mal payés que les vétos avec des astreintes aussi !
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Titine
Il y a 100 jours
Pauvres animaux , comment les soigner si les vétérinaires ruraux se font de plus en plus rares ?
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L'outil
Il y a 100 jours
Il faut admettre que ça " U PAYÉ ",du temps où le VÉTO était le ROI DU PÉTROLE dans les campagnes Pourvue de PECNOS SOUMIS et ignares....les temps ont changé, les générations également, DANS LES deux camps....FINIS LES BOBARDS !!!!
LES JEUNES ONT COMPRIS QU'IL ETAIT PLUS INTÉRESSANT DE SOIGNER LE CHIENCHIEN DES MAMIES EN VILLES....
LES PAYSANS,NE SONT PLUS INTÉRESSANTS,SOUMIS À TROP DE CONTRAINTES ET CONTRÔLES...SANS PARLER DES ASTRAINTES DE NUITS ET DE WEEK-END.....FINI CE TEMPS LÀ...
VOYEZ LES URGENCES HUMAINES,....ELLES SATURENT FAUTE DE TOUBIBS VOLONTAIRES ET DÉVOUÉS....KIF KIF ...
Y A PLUS SENTIMENT MA PAUV GERMAINE......
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Maec
Il y a 100 jours
La fnsea est en partie responsable de cette situation. Le renouvellement des générations n'a jamais été leur priorité, tout ces élus federatistes ont préféré les agrandissements des structures.
Il est trop tard pour sauver l élevage en France.
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