Rapport du GiecAlimentation et climat, l'humanité à l'heure des choix

| AFP

Nourrir correctement les milliards de Terriens ou lutter contre le réchauffement climatique ? Pour ne pas être un jour confronté à ce dilemme, il est indispensable de repenser l'usage des terres et nos habitudes alimentaires, avertit jeudi le Giec.

Paysage agricole et vaches« Les terres doivent permettre de cultiver notre nourriture, fournir la biodiversité et l'eau douce, donner du travail à des milliards de personnes et capturer des milliards de tonnes de carbone », explique Piers Forster, professeur sur le changement climatique à l'université de Leeds. (©Pixabay)

Les experts de l'ONU sur le climat plaident pour des actions « à court terme » contre la dégradation des sols, le gaspillage alimentaire ou les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, dans un rapport spécial présenté à Genève.

Les délégations des 195 pays membres du Giec ont examiné pendant cinq jours ce rapport dont l'intitulé complet est : « le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». En clair : comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l'élevage ou encore les forêts, et par ricochet la sécurité alimentaire, mais aussi comment les pratiques agricoles ou la déforestation modifient le climat.

Le « résumé à l'intention des décideurs politiques » de ce rapport de 1 200 pages, négocié ligne par ligne, était dévoilé lors d'une conférence de presse à partir de 8 h GMT. Ses principales conclusions ? « Notre utilisation des terres (...) n'est pas soutenable et contribue au changement climatique », a souligné sa co-présidente Valérie Masson-Delmotte, pour qui le rapport met « l'accent sur l'importance d'agir dès maintenant ». 

Marge étroite

« Les terres sont sous une pression croissante des activités humaines » et « le changement climatique est une pression supplémentaire », a insisté la climatologue française lors d'une conférence téléphonique. Le temps est compté, alors que le réchauffement des terres émergées atteint déjà 1,53°C, le double de la hausse globale (océans compris), selon le rapport. « Dès 2°C de réchauffement global, nous pourrions nous retrouver avec des crises alimentaires d'origine climatique plus sévères et plus nombreuses », a prévenu l'un des auteurs, Jean-François Soussana, lors de cette conférence téléphonique.

La marge est étroite si l'on veut à la fois contenir le réchauffement climatique et ses effets dévastateurs sur les terres, et nourrir convenablement une population qui pourrait dépasser 11 milliards d'individus à la fin du siècle. « Nous devons changer substantiellement la façon dont nous utilisons nos terres », lance Piers Forster, professeur sur le changement climatique à l'université de Leeds. « Nous devons penser de manière beaucoup plus approfondie à la façon dont nous allons utiliser chaque hectare. Les terres doivent permettre de cultiver notre nourriture, fournir la biodiversité et l'eau douce, donner du travail à des milliards de personnes et capturer des milliards de tonnes de carbone », résume-t-il.

Changer les habitudes alimentaires

Le Giec a élaboré différents scénarios pour limiter le réchauffement à 1,5°C ou bien en dessous de 2°C par rapport à la période pré-industrielle. Ils incluent des mesures d'atténuation basées sur les terres et des changements d'usage, combinant boisement, reboisement, une déforestation réduite et des bioénergies. Les scénarios nécessitant d'importantes conversions de terres (reboisement pour capturer du CO2, champs dédiés aux bioénergies...) pour lutter contre le réchauffement pourraient avoir « des effets secondaires indésirables » - désertification, dégradation des terres, sécurité alimentaire... - avertit le rapport.

« Les bons choix en matière de terres sont fondamentaux pour s'attaquer à la crise climatique », constate Stephen Cornelius, du WWF, observateur lors des négociations.

Pour le Giec, outre les indispensables réductions de gaz à effet de serre, des solutions existent du côté du système alimentaire et des habitudes de consommation, car les changer ne nécessite pas de consommer plus d'espaces. Actuellement, de « 25 à 30 % de la production totale de nourriture est gaspillée », souligne le rapport, alors qu'environ 820 millions de personnes souffrent de la faim. Si dans les régions pauvres, l'apport en protéines animales est parfois insuffisant, dans les pays riches, il dépasse les recommandations nutritionnelles de l'Organisation mondiale pour la santé. Deux milliards d'adultes sont en surpoids ou obèses et « 25 à 30 % de la production totale de nourriture est gaspillée ». Il faut « éliminer le gaspillage alimentaire et réduire la consommation de viande », insiste l'ONG Climate Action Network.

Ce travail est le deuxième d'une série de trois « rapports spéciaux » du Giec, après celui sur la possibilité de contenir le réchauffement à 1,5°C, l'an dernier, et avant celui sur les océans et la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires) attendu fin septembre, au moment où l'ONU organisera un sommet sur le climat à New York.


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


Manou
Il y a 75 jours
Je félicite le travail mené par le GIEC.Nos états qu'on soit pauvre ou riche,qu'on soit puissant ou faible,doivent respecter le principe de responsabilité. Nous savons que certains pays sont fiers du réchauffement climatiques pour pouvoir exploiter leur ressources naturelles,d'autres agissent par orgueil, mais nous devons être confiant que les réchauffements climatiques n'épargnent personne. J'ai toujours dit se atage" c'est le malade qui va vers le médecin pour qu'on lui prescrit les produits,tant mieux s'il les prends pour se faire soigné, il sera responsable de son malheur s'il se fait des illusions de punir le médecin. " c'est exactement le rôle du GIEC, qui nous interpelle sur le comportement à adopté pour sauver notre planète. Sinon dans peu de temps,la période de Noé nous attend. Bien sûre qu'on a des bateaux ,mais les menaces seront pire que ce temps,les ouragans, les tsunamis, la fonte de glaciers perburont leurs circulation. Je salue toute l'équipe qui ne ménage aucun effort pour sauver notre chère Planète. C'est ensemble qu'on peu mieux avancé.
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hub
Il y a 98 jours
Le Giec ne fait que nous informer ,il ne dit rien d'autre que : "Notre avenir depend de choses qui dépendent de nous"
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jeanne
Il y a 98 jours
Il ne faut pas mélanger deux types d'agriculture : celle peu ou pas polluante qui reste relativement traditionnelle avec les vaches le plus souvent dans les prés qui offre une viande de qualité et qui respecte l'animal et celle industrielle avec camps de concentration pour animaux sur une terre ou plus rien ne pousse, bourrés aux farines industrielles dont on ne connait pas la formule, très polluante et offrant une viande dangereuse pour la santé. C'est cette agriculture là qu'on veut nous imposer.
Nos agriculteurs doivent avoir notre soutien pour leur permettre de maintenir ou de revenir à l'agriculture raisonnée d'un circuit court.
Nous avons tous à y gagner.
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RéDo
Il y a 98 jours
La vache ne pollue pas : elle ne fait que restituer le CO2 que l'herbe a capté les semaines qui ont précédé. C'est un circuit très court qui n'a rien avoir avec la remise d'en l'atmosphère de CO2 capté il y a des millions d'année. La pêche, elle, pollue et dépeuple les océans. Alors, éviter le poisson et manger du bœuf Français !
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monique
Il y a 99 jours
Réponse à jeannot

vous avez raison il y a vraiment trop d'incompétents dans ces commission à raconter n'importe quoi du genre qu'une vache pollue plus qu'une voiture sans tenir compte de la fabrication de celle-ci avec le pourcentage de plastique qu'elle contient . Nos politiques n'écoutent pas les agriculteurs , pour preuve ils signent des contrats avec l'autre bout du monde en échangeant des voitures contre de l'alimentation produite sur la déforestation ! Alors mon gars tu sais ce qu'il te reste à faire ? Marche à pied et arrête de gueuler !
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Maxens
Il y a 99 jours
La seule politique qui tienne c est celle du juste prix....remunérant les couts de produ tion et permettant aux producteurs de vibre dignement...bref, celle des années 80
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Serge
Il y a 99 jours
Quelles politiques agricoles mettre en place pour les générations futures ?
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Yp42
Il y a 98 jours
Jeannot veut m'apprendre à faire mon métier ? Ne mangez pas de produit agricole pendant un an en guise de mécontentement, mais je doute que vous teniez le choc.
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steph72
Il y a 98 jours
Les politiques vous ont écouté,ils vont faire disparaitre ces agriculteurs raleurs qui coutent trop cher en important de la viande nourrie aux hormones ,aux farines animales,des plantes ogm recevant plus de phytos que chez nous;
Et vous serez content vous pourrez manger de la m... pas cher et vous aurez plus d'agriculteurs pour vous embeter;
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jeannot qui aime se faire des amis
Il y a 99 jours
A si seulement les agris n'avaient pas fait n'importe quoi, mais ils representent 23% des emissions de gaz a effet de serre alors que dans nos pays ils reprensentent a peine 2 a 3% de la population. Et en plus ils nous coutent cher et ralent tout le temps.
Malheureusement le courage politique manque a nos dirigeants pour leur faire comprendre que trop c'est trop
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