Agro-écologie, agriculture biologiqueDe meilleurs résultats économiques à moyen terme, selon France Stratégie

| par | Terre-net Média

Dans une étude publiée début août, France Stratégie a analysé la rentabilité économique des exploitations au regard de l'engagement de leurs pratiques pour la durabilité. Si, en agriculture biologique, la transition apparaît rentable à moyen terme, l'engagement dans des pratiques agro-écologiques exigeantes ne s'accompagne pas toujours d'un soutien public adéquat ni de bénéfices économiques pour les exploitations, ce qui freine la dynamique de transition.

Dans son dernier rapport, France Stratégie recommande d'accompagner et de promouvoir davantage les pratiques agroécologiques, pour assurer des bénéfices économiques à moyen terme.Dans son dernier rapport, France Stratégie recommande d'accompagner et de promouvoir davantage les pratiques agro-écologiques, pour assurer aux agriculteurs des bénéfices économiques à moyen terme. (©Pixabay)

« Nous avons constaté que, dans la plupart des contextes étudiés, l’agriculture biologique présentait d’importants bénéfices économiques.  Le  principal  élément expliquant le bénéfice observé est la réduction des charges liées à l’achat et à l’utilisation d’engrais et produits phytosanitaires de synthèse, ainsi que les prix de commercialisation des produits bio, plus élevés », indique France Stratégie dans un rapport sur les performances économiques et environnementales de l’agro-écologie, publié le 6 août. L’étude a porté sur les référentiels publics ou privés les plus connus ayant pour objectif d’accroître la durabilité des exploitations agricoles et de réduire l’utilisation d’intrants. Le calcul de la rentabilité économique a été réalisé en excluant les aides de la Pac.

On ne peut cependant pas généraliser ce constat de rentabilité économique aux autres démarches présentant des exigences environnementales élevées, comme la HVE, les Maec, ou les fermes Dephy. Pour une exploitation céréalière, le seul système agro-écologique apportant des bénéfices à l’exploitant à moyen terme est l’agriculture biologique, souligne d’ailleurs le rapport.

A lire également : des témoignages d'agriculteurs sur le réseau Dephy > La dynamique de groupe permet d'actionner plus facilement certains leviers (31/01/2019)

Les coûts supplémentaires ne sont compensés par les prix plus élevés que dans le cas de la viticulture. En ce qui concerne les autres productions, la réduction de rendement est compensée par la réduction des charges opérationnelles.

Un accompagnement financier à repenser

Si la transition vers des pratiques environnementales plus vertueuses peut s’avérer rentable à moyen terme, le coût de cette transition reste un frein majeur, d’autant plus que seule l’agriculture biologique bénéficie d’une aide spécifique au changement de système, relève par ailleurs France Stratégie.

Actuellement, les aides sont déconnectées des services environnementaux rendus par les systèmes agricoles, regrette l’institution. Ainsi, « certaines exploitations appartenant au même référentiel, avec le même niveau d’exigence environnementale (AB), reçoivent des montants différents selon le type de productions, qu’il s’agisse des aides à la conversion ou des aides au maintien mises en œuvre historiquement. De la même façon, des exploitations bénéficiant de Maec disposent de subventions variables non proportionnées au niveau d’exigences environnementales. Enfin, pour une même production (grandes cultures) mais à référentiels différents (AB, MAEC), les montants d’aides totaux à l’hectare sont plus importants pour une production moins exigeante du point de vue environnemental », souligne-t-elle.

Combiner les leviers aux niveaux de l’offre et de la demande

Pourtant, la transition de l’agriculture vers des modèles plus vertueux est nécessaire pour assurer la durabilité des exploitations, à condition que la rentabilité économique soit au rendez-vous. Pour répondre à cette problématique, France Stratégie propose d’agir sur plusieurs leviers.

Premièrement, ajuster les aides versées au manque à gagner potentiel, ou rémunérer les externalités environnementales positives de l’agro-écologie, tout en taxant les externalités négatives « liées à l’utilisation d’intrants », à l’image de l’augmentation de la RPD. Cette solution pourrait d’ailleurs être intégrée dans le cadre de l’eco-scheme que la nouvelle Pac devrait mettre en œuvre.

Voir aussi, sur ce dernier point, les propositions de France Stratégie > Intrants taxés, aides à l'hectare supprimées... Les idées chocs de France Stratégie pour la future Pac (24/10/2019)

Au niveau des consommateurs, plusieurs leviers devraient également être actionnés : intégrer dans les prix une partie des surcoûts liés à l’évolution du système, promouvoir certaines certifications, comme la HVE.

Enfin, France Stratégie propose également de mieux paramétrer les soutiens publics face aux coûts engendrés par les pratiques agro-écologiques (coûts de main d’œuvre, par exemple), d’augmenter les investissements dans la recherche et le développement pour favoriser l’innovation et les gains de productivité

Le rapport indique également que si les aides à l’agriculture biologique peuvent compenser le manque à gagner, elles ne sont pas proportionnées au coût ou aux bénéfices. Ainsi, les exploitations en viticulture ou en maraîchage ont le plus d’aides à l’hectare, alors que ces productions présentent les bénéfices économiques les plus importants.

« La mobilisation conjointe de ces leviers pourrait contribuer à un développement de l’agro-écologie compatible avec l’amélioration de la situation économique des exploitations agricoles. Néanmoins, comme le soulignent de nombreux exercices de prospective, ces évolutions des pratiques au niveau des exploitations agricoles devront être prolongées par l’évolution des pratiques alimentaires des consommateurs, afin d’assurer la transition de notre système alimentaire vers la durabilité, de manière globale », conclut l’étude. 


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


Schumi79
Il y a 46 jours
SVP, arrêtez votre agri bashing contre le bio et les mesures agro-environnementales...
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Jeuneagri
Il y a 46 jours
"Au niveau des consommateurs, plusieurs leviers devraient également être actionnés : intégrer dans les prix une partie des surcoûts liés à l’évolution du système, promouvoir certaines certifications, comme la HVE." Sauf que celui-ci deviendra donc standard, avec un prix standard aussi... Donc ce rapport n'est qu'un torchon, combien de tonne de CO2 pour cette daube ???
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Pipo
Il y a 46 jours
Renseignez vous succinctement sur qui dirige France Stratégie... C'est la clique Ecolo-Socialo-Progressiste Hollando-Macroniste.
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Cabeillade
Il y a 46 jours
"les exploitations (...) en maraîchage ont le plus d’aides à l’hectare, alors que ces productions présentent les bénéfices économiques les plus importants." Alors là, je ne sais pas si il faut rire ou pleurer quand on lit des choses pareilles. Le maraichage, c'est de l'esclavage. Est-ce que France stratégie à la moindre idée de ce que ça représente de cultiver 1 hectare en maraichage? Ce qui est sûr c'est que pondre de tels rapports doit être bien mieux rémunéré que n'importe quelle activité agricole !
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Maxens
Il y a 46 jours
Piquer a paul pour donner a jacques,...
selon le sens du vent....et on les paient ppour sortir des conneries pareil???? Ils pourraient faire preuce d imagination et dire que ce qui rst bio doit etre vendu plus cher pour s affranchir du model des aides....mais non, on prefere piquer a certains....
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Pipo
Il y a 46 jours
«France Stratégie» quand tu sais qui y crèche, tu t'épargnes de la lecture inutile.
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hub
Il y a 47 jours
"rémunerer les externalités environnementales positives et taxer les externalités négatives" : la seule solution si on veut que ca change !!
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Maxens
Il y a 46 jours
Eleveurs porcins....comme mme lambert?
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pifpaf
Il y a 46 jours
Oui, et là ce sont les éleveurs porcins, de volailles et les viticulteurs qui viendront pleurer, parce que nourrir la France c'est bien, mais vendre du pinard au anglais et des poulets aux égyptiens, c'est mieux ...
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PàgraT
Il y a 47 jours
Quand ces msieurs dames auront mis en pratique la protection aux frontières, un bon bout de chemin aura été fait; mais çà c'est contraire à leur idéologie !
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