[Space] Vente directe, transformation...À chacun sa voie pour créer de la valeur ajoutée

| AFP

Face aux prix trop bas et aux coûts de production en hausse, des éleveurs inventent leur propre solution pour récupérer de la valeur ajoutée leur permettant un meilleur revenu.

Partant du principe que l'argent gagné est d'abord celui que l'on ne dépense pas, Joël Tromeur, éleveur laitier à Plusquellec (Côtes d'Armor), a réduit au maximum les intrants et s'en tient au système herbager qui lui permet davantage d'autonomie. Ses terres sont « sans labour depuis 24 ans ». « On gagne plus vite à dépenser moins qu'à attendre de vendre plus cher (...) Il faut trouver le moyen de réduire ses charges », dit cet éleveur qui a exposé ses options au salon de l'élevage (Space) à Rennes, lors d'une rencontre/débat sur le thème « comment récolter la valeur ajoutée ». Il est membre d'une Cuma (Coopérative d'utilisation du matériel agricole), ce qui lui évite d'immobiliser des sommes importantes dans du matériel dont il n'a pas l'usage au quotidien. Il y exerce aussi des responsabilités car « une Cuma, ce n'est pas que du matériel, c'est aussi un groupe de réflexion ».

Joël Tromeur voit aussi un autre avantage à ses choix : « je gagne ma vie et il me reste du temps pour me former, échanger et m'investir ailleurs. Or, dans notre métier, on peut très vite s'isoler et se retrouver tout seul », avec les conséquences sur le moral, rappelle-t-il.

Installé à Loscouët-sur-Meu (Côtes d'Armor), Mickaël Trégouët a choisi de développer, à côté de ses vaches laitières, une production de veaux bretanins, un jeune bovin qui bénéficie d'un label rouge, élevé au lait entier et sur paille. « Les veaux sont destinés à un marché d'artisans bouchers qui valorisent bien la viande », explique l'éleveur. Mickaël Trégouët a également adhéré à une association d'éleveurs. « Ça nous permet de faire de cette filière un circuit court organisé : chacun reste autonome sur la production et la vente, mais on mutualise la partie technique, en particulier la commercialisation et la communication ». Résultat, avec ces veaux, « le lait est valorisé 80 à 100 euros de plus par 1 000 litres », comparé au prix payé par la laiterie. De plus, ajoute-t-il, « je suis fier de valoriser mon lait de cette manière car il alimente une filière artisanale et exigeante ».

« Vente directe »

D'autres, comme Camille Boivent, établi à La Bazouge-du-Désert (Ille-et-Vilaine), ont décidé de monter sur leur ferme un atelier de transformation et pratiquent la vente directe, à la ferme ou sur les marchés. Au total, entre production et transformation, le Gaec familial a créé progressivement dix emplois, comprenant ses sept associés et trois salariés pour la partie transformation et vente. En conventionnel lors de son installation en 1977, Camille Boivent est passé en bio en 1999 et à la transformation en 2011. « On transforme un cinquième de notre production mais on dégage pratiquement autant (de chiffre d'affaires) avec ça qu'avec la laiterie » à laquelle on livre le reste du lait, constate-t-il. Prochaine étape, fin octobre : la méthanisation qui permet « une diversification supplémentaire ».

L'expérience de Jean-Luc Jicquel, éleveur à Maxent (Ille-et-Vilaine), est encore différente. Prônant une économie circulaire, il fait partie des 47 producteurs qui ont constitué une Sica (Société d'intérêts collectifs agricoles) après la crise du lait en 2009. Ils collectent leur lait, le transforment et le commercialisent eux-mêmes dans la région, y compris en grande surface, sous la marque « Laitik ». « On a un objectif : offrir le meilleur au prix le plus juste », assure-t-il. Actuellement, 14 salariés sont employés par la Sica dont les projets ont été entravés, considère Jean-Luc Jicquel, par des pesanteurs administratives. « On veut développer une fabrication de yaourts, de fromages frais, etc..., mais on n'a pas pu le faire encore pour ces raisons. A pleine charge, on devrait avoir 26 salariés ».

En fait, à chacun sa voie, considère en substance Joël Tromeur : « il faut que les agriculteurs se réapproprient leur métier, leurs décisions. On est conseillés de toute part, mais pas toujours de la manière la mieux adaptée à notre propre situation ».


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Patrice Brachet
Il y a 560 jours
Bravo à ces gens là ! par contre vous avez une chance inouïe c est admirable : l esprit Cuma ! Chez nous ça fonctionne par petit groupe mais dans ma région c est cuit !Faut dire qu une Cuma faite par les membres d une même famille ( pour les aides) cela révolte pas mal ! Et puis toute votre grande région à cet esprit de partage et aussi il y a beaucoup plus d agriculteurs au kilomètre carré cela joue aussi quand il faut faire 40km pour aller chercher une machine cela rebute !
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