PastoralismeLes bergers à rude école

| AFP

Loin du cliché du soixante-huitard parti dans la montagne bricoler du fromage de chèvre, des apprentis bergers de tous âges et de tous horizons apprennent, pendant un an à Salon-de-Provence, un métier porteur, technique et difficile, qui fait toujours rêver malgré des salaires peu élevés et des horaires pénibles.

"La France n'a pas assez de bergers", explique Michelle Jallet, responsable du Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) du Merle, l'une des deux écoles professionnelles du pays, spécialisée depuis les années 30 dans la formation de "bergers transhumants". "Nous n'avons aucun problème de débouchés, les éleveurs ont du mal à trouver du personnel qualifié".

Sur un terrain de 400 hectares, propriété de l'Ecole nationale supérieure d'agronomie (Ensa) de Montpellier, dans la plaine de la Crau, la quinzaine d'élèves admis tous les ans apprennent d'octobre à octobre à prendre soin des 1 400 brebis qui y sont élevées. "Le métier requiert beaucoup de savoir faire et de plus en plus de technicité", poursuit Michelle Jallet, elle-même bergère. "On est loin de l'idiot du village allongé dans l'herbe près de ses bêtes ou du soixante-huitard qui n'a jamais vu un mouton de sa vie".

La formation, financée par le conseil régional, débouche sur un brevet professionnel reconnu. En 1999, elle a subi une "refonte totale", avec en particulier la prise en compte de la réintroduction du loup dans l'arc alpin (cours de pose de clôtures, de dressage de chiens de protection etc...).

Parallèlement aux cours théoriques (reproduction, pathologies, gestion de l'environnement), les élèves bénéficient de stages pratiques : agnelage d'automne, garde en colline, dressage des chiens, et estive (garde en montagne l'été).

"Je les mets tout de suite dans le bain avec l'agnelage, où ils travaillent jour et nuit dans la saleté et la teinture d'iode, pour leur montrer que ce n'est pas facile et qu'ils se sont peut-être trompés", ajoute Michelle Jallet. "C'est un métier qui fait rêver et qu'ils idéalisent parfois un peu trop".

Les 13 élèves du cru 2004-2005 disent s'attendre à des conditions de travail difficiles (salaire peu élevé rapporté au nombre d'heures, allant de 1 000 à 1 550 euros environ, absence de jours de congé...) mais assurent "réaliser une passion".

"Je recherche un idéal d'équilibre avec la nature et les animaux", explique Marie, 47 ans, déjà bergère après avoir appris sur le tas mais qui a décidé de suivre la formation pour se "perfectionner". "C'est dur, il faut être courageux. Mais j'aime cette vie, mon mari me dit que je suis mariée avec les brebis".

"Je suis plus heureux à m'occuper des brebis qu'en 14 années de travail à l'hôpital", renchérit Frédéric, un infirmier de 37 ans.



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