Enseignement agricole10 prescriptions pour remédier à une fragilité accentuée par le Covid-19

| par | Terre-net Média

Malgré des atouts indéniables, l'enseignement agricole reste méconnu, et souffre d'un déficit d'image et de difficultés financières. Une situation que la crise sanitaire du coronavirus a encore aggravée, en limitant les opérations de communication telles que les traditionnelles portes ouvertes. Alors pour le redynamiser, la commission culture du Sénat propose un programme en 10 préconisations.

Des taux d'insertion professionnelle élevés, des établissements à taille humaine ancrés dans leur territoire et en étroite relation avec ses acteurs économiques et sociaux, une pédagogie concrète et axée sur l'épanouissement personnel, etc. : les avantages de l'enseignement agricole, pourtant nombreux, demeurent peu voire mal connus hors du milieu de l'agriculture. Après dix ans d'érosion de ses effectifs, ce dernier avait cependant réussi à améliorer son attractivité grâce à une forte mobilisation, en termes de communication notamment. Des efforts que le Covid-19 a mis à mal.

La semaine dernière, Philippe Poussin, secrétaire du Cneap (Conseil national de l'enseignement agricole privé), confiait à la rédaction que « le taux d'inscription dans les établissements agricoles du réseau pour la prochaine année scolaire » était « 25 à 30 % inférieur par rapport à d'habitude à la même date ». Ce qui « menace l'équilibre économique de certains lycées agricoles, déjà fragile ». Chaque année en effet, ces derniers mettent en avant leurs atouts et les diverses formations proposées lors d'opérations de promotion, qui s'avèrent particulièrement efficaces pour attirer des jeunes vers ces filières. Suite à la pandémie, des portes ouvertes virtuelles ont été organisées mais elles n'ont pas eu le même impact.

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Philippe Poussin, secrétaire général du Cneap, sur la réouverture des lycées agricoles, fermés depuis mi-mars à cause du coronavirus : Les cinq enjeux de la reprise 

« Le Covid-19 pourrait briser la dynamique positive »

Face à cette situation, la commission culture du Sénat a mis en place un groupe de travail pour « évaluer les conséquences du coronavirus sur l'enseignement agricole ». Les résultats de cette réflexion, présentés en fin de semaine dernière, sont « alarmants » selon l'institution. « Difficultés financières, interrogations sur le maintien du projet pédagogique dans des conditions satisfaisantes, moindre information des jeunes en phase d'orientation : l’enseignement agricole est aujourd’hui en grande précarité, déplore le rapporteur. Le Covid-19 pourrait briser la dynamique positive dont il bénéficiait depuis peu. » 

Le groupe de travail a formulé 10 propositions pour « accompagner les élèves dont l’année scolaire a été profondément bousculée, préparer la rentrée 2020 et relancer la politique d’information et de communication autour d’une filière trop souvent absente des discours publics lors de cette crise sanitaire » : 

1) « Prévoir la réouverture des établissements en concertation avec les acteurs locaux.

2) Travailler avec les représentants des associations d’élus sur les questions liées aux transports scolaires, aux internats et à la restauration collective.

3) Réfléchir à un dispositif "école ouverte" mutualisé, notamment pour les matières communes entre l’enseignement agricole et l’éducation nationale, afin de permettre aux élèves de l’enseignement agricole domiciliés loin de leurs établissements de pouvoir disposer d’un soutien scolaire pendant les vacances d’été.

4) Revoir le schéma prévisionnel d’emploi pour mettre fin à la baisse du nombre d’ETP, afin de permettre un accompagnement des élèves en petits groupes.

Préparer la prochaine rentrée

5) Mettre en place un plan d’aide économique aux exploitations et établissements d’enseignement agricole pour les aider à faire face aux conséquences de la crise de Covid-19.

6) Prendre les décrets d’application du plan de requalification et de revalorisation salariale pour les agents contractuels et les enseignants de catégorie 3 de l’enseignement agricole privé sous contrat.

7) Organiser une large concertation avec les représentants professionnels pour préparer la prochaine rentrée.

8) Rassurer les élèves et leurs familles quant à la préparation de la prochaine rentrée (obtention du diplôme en cours, organisation des concours, conditions d’accueil dans les établissements d’enseignement).

9) Assouplir dès maintenant les conditions d’accès au statut scolaire alternant.

10) Relancer fortement l’information et la communication sur l’enseignement agricole.

Annonces positives du gouvernement sur l'apprentissage

Le ministère du travail a dévoilé le 4 juin, dans son plan de relance post-confinement, plusieurs mesures pour sécuriser l'embauche des apprentis en cette période de crise sanitaire, parmi lesquelles :
  • la majoration de l'aide unique versée la première année à l'employeur de 4 125 € à 5 000 € pour les apprentis mineurs et à 8 000 € pour ceux qui sont majeurs (les sommes attribuées en année 2 et 3 restant inchangées : 2 000 et 1 200 €). Elle sera octroyée sans condition pour les entreprises de moins de 250 salariés, pour la préparation d’un diplôme allant jusqu’à la licence professionnelle. Les modalités précises de son versement seront fixées dans la loi de finances rectificative en cours de discussion et seront rétroactives pour une application au 1er juillet 2020.
  • la possibilité d'entrer en CFA sans attendre l’accord ferme du maître d'apprentissage, avec la garantie d’être aidé pour trouver une entreprise pendant six mois.

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